Arrêtons de saigner le peuple grec!
Le Sommet européen de Bruxelles des 28 et 29 juin a été un franc succès. Il suffit de regarder l'évolution des indices boursiers, ou même de l'euro face au dollar, lors de la journée de vendredi pour s'en convaincre.
Union bancaire, pacte de croissance, mécanisme afin de faire baisser les spreads des pays en difficulté comme l'Espagne ou l'Italie, incontestablement l'Allemagne a consenti des engagements importants. Le retour à Berlin de la chancelière allemande n'a certainement pas été sans fracas. Au moins, Mme Merkel pourra toujours se satisfaire de ne pas avoir cédé sur la Grèce. Le pays hellénique était en effet le grand absent du Sommet. Avec un gouvernement boiteux - on ne peut pas oublier la récente démission du ministre des Finances et l'hospitalisation du Premier ministre - Athènes n'a pas réussi à faire entendre sa voix alors que l'objectif du nouveau gouvernement de coalition réunissant Nouvelle Démocratie et PASOK était d'obtenir un délai d'au moins deux ans pour mettre en place les mesures du mémorandum.
A l'inverse du Portugal, ou même de l'Irlande, la Grèce n'est pas l'élève vertueux de l'Europe. Sans surprise, le gouvernement n'a pas respecté tous ses engagements vis à vis de la troïka. Au lieu de ne pas remplacer 4 fonctionnaires sur 5 partant à la retraite, la Grèce a embauché en 2010 et 2011 70 000 fonctionnaires supplémentaires. Et cette information ne provient pas de la presse allemande, très critique envers le pays, mais de l'hebdomadaire grec "To Vima"!
Au final, on ne peut pas être surpris quand on voit que la classe dirigeante grecque est toujours la même qu'avant crise. Les portefeuilles ont simplement tourné mais on retrouve toujours les mêmes têtes.
Si les partis gouvernementaux sont à condamner, pour leurs errements qui ont conduit à la quasi-banqueroute, la question est de savoir si le peuple grec mérite le traitement qui lui est infligé par l'Europe. Certes, on ne peut pas escompter que les contribuables de l'UE épongent indéfiniment et sans contrepartie les dettes de la Grèce. L'austérité est nécessaire, en Grèce, mais aussi dans les autres pays européens, France compris.
L'austérité doit cependant avoir visage humain sinon nous risquons de favoriser les mouvements extrémistes - extrémisme de droite comme de gauche - l'anarchisme ou encore la xénophobie . En d'autres termes, les pires démons de l'Europe sont à nos portes.
Saigner le peuple grec n'est pas la solution. D'ailleurs, on se demande si Angela Merkel a fait une visite en Grèce depuis la mise en place des premières mesures d'austérité. De mémoire, elle n'y est pas allée. Pourtant, ce petit déplacement lui permettrait de mieux prendre en compte l'aspect humain. La Grèce ne peut se résumer à des données parsemant de volumineux dossiers d'experts.
Pour être allé à Athènes, j'ai pu voir l'ampleur du désastre humain qui frappe un peuple qu'on accuse trop facilement de frauder, de vivre à crédit. Bref, d'être un contribuable du Sud de l'Europe!
La pauvreté est criante. Nul besoin d'aller dans les faubourgs pour la côtoyer. Elle est presque partout, même au bas des palaces, épargnant encore les quelques lieux touristiques qui font la renommée d'Athènes, certainement grâce à la forte présence policière.
L'austérité, à elle seule, même pour un pays aussi endetté que la Grèce, n'est pas la solution. On parle d'au moins 5 ans de récession en plus pour le pays. Comment imaginer que les grecs puissent seulement concevoir un quelconque avenir? Les européens, tout en rassurant les marchés, doivent prendre les mesures nécessaires, non pour le gouvernement grec, mais pour la population qui souffre. C'est-à-dire permettre un allongement significatif et raisonnable de la mise en place des mesures d'austérité et accompagner ces mesures d'un réel soutien à la croissance. La Grèce est un pays qui a plein de potentiel. L'énergie solaire a connu un boom depuis la crise mais le secteur n'est pas encore assez développé, le tourisme doit être préservé et l'agriculture doit se moderniser et se spécialiser afin d'avoir une vraie valeur ajoutée dans le commerce intenational. Les pistes sont nombreuses mais tous les projets sont bridés à cause de l'austérité.
Pour que la zone euro se relève durablement, l'Europe n'a d'autre choix que d'offrir un futur au peuple grec. Autrement, la Grèce restera toujours le talon d'Achille du Vieux-Continent. Et ce futur passe par une restructuration et une spécialisation de son économie mais aussi des mesures sociales pour éviter que le pays ne devienne le visage du tiers-monde en Europe.
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