Le jour où la BCE a dit "non" aux marchés financiers
Les rumeurs de QE3 aux Etats-Unis ne traduisaient en rien le sentiment profond de Ben Bernanke. Rappelez-vous, courant juin, le chef de la FED avait préféré privilégier son programme d'échange d'obligations plutôt que de se lancer dans un nouveau cycle d'assouplissement quantitatif aux conséquences incertaines. En cela, le statu quo d'hier n'a pas tant surpris que cela.
A l'inverse, la BCE avait donné des signaux forts d'intervention. Surtout, depuis son entrée en fonction, Mario Draghi n'avait pas coutume de parler pour brasser du vent. Il faut malheureusement une première à tout. Les belles phrases sur la solidité de la zone euro et sur l'irréversibilité de la monnaie unique ne sont que des belles phrases.
On ne s'attendait évidemment pas à ce que Francfort baisse ses taux au niveau des Etats-Unis. D'ailleurs, des taux à zéro ne sont pas la solution idéale pour apaiser des marchés qui n'en peuvent plus du psychodrame européen.
En revanche, la reprise du programme de rachats d'obligations afin d'aider l'Espagne et l'Italie figurait parmi les pistes envisagées par les cambistes. Pour mémoire, ce programme n'avait pas totalement réussi à apaiser les marchés, seulement pendant cinq ou six mois l'année dernière. C'était un pansement utile en attendant mieux…Ca aurait encore pu faire l'affaire pendant quelques mois d'ici à ce qu'une hypothétique solution européenne à la crise n'émerge. Je n'entends pas par là des solutions qui seront mises en vigueur d'ici six mois ou plusieurs années ou des mesures qui peuvent faire l'objet d'un blocage allemand ou autre mais bien d'annonces promptes à restaurer durablement la croissance.
Mario Draghi n'a pas fermé la porte à de nouveaux rachats d'obligations. Non. Mais force est de constater que nul ne sait si ce programme va concrètement redémarrer, quand, et dans quelle ampleur. En clair, les marchés qui attendaient tant de la BCE doivent se contenter d'un discours feutré. Pas sûr que cela permette de restaurer un fonctionnement plus normal et harmonieux sur le marché des changes ou le marché obligataire européen.
Face à des politiques impuissants qui multiplient les réunions, la BCE apparait aux yeux des marchés comme l'ultime rempart afin de parer contre l'implosion de l'euroland. Les marchés voient dans la BCE une FED européenne, du moins c'est ce qu'ils aimeraient voir. En automne dernier, on aurait cru un temps que Mario Draghi aurait pu faire prendre ce tournant à l'institution mais, malgré son volontarisme, qui est indéniable, et sa gestion meilleure que celle de Jean Claude Trichet, l'italien n'a que peu de marge de manoeuvre face à une Bundesbank qui s'évertue à faire respecter les traités et à des politiques qui ne comprennent au final que peu de choses à la crise actuelle.
C'est sûrement la triste réalité qu'ont compris les marchés aujourd'hui.
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