Gordon-Gekko-played-by-Mi-0051/ Bonjour Alexandre Baradez, merci d'accorder cette interview à Forex.fr depuis le Salon du Trading. Une question me taraude: Comment devient-on analyste chez l’un des principaux courtiers français?

Je suis venu à l’analyse progressivement, j’ai toujours eu un goût prononcé pour le suivi technique des marchés financiers, bien avant de commencer mon cursus universitaire. Après avoir passé plusieurs années chez BNP Paribas puis la banque Robeco, j’ai souhaité intégrer un groupe de dimension différente, Saxo Banque, d’abord en tant que Sales Trader pour finalement y ajouter une dimension analytique.

Saxo Banque s’est implantée en France en 2008, sachant que le groupe Saxo Bank, dont le siège est au Danemark, est implanté mondialement depuis les années 90. Notre mission est simple et complexe à la fois: proposer un service personnalisé d’accès aux marchés financiers (Devises, actions, CFD, Futures, ETF, Obligations, et..) à nos clients particuliers et institutionnels. J’occupe une double fonction au sein de l’équipe parisienne dans laquelle j’évolue. Je suis à la fois analyste marchés mais également sales trader. Je gérais jusqu’en 2011 un portefeuille clients tout en diffusant des analyses techniques et fondamentales sur un certain nombre d’actifs même si je me concentre depuis 2012 sur la partie analytique. Nous organisons également des conférences tout au long de l’année sur l’analyse fondamentale et technique des marchés. Prochaine conférence à Toulouse le 28 septembre et à Paris le 03 octobre. Face à la demande grandissante, nous avons également décidé de lancer le Market-call, une conférence en ligne tenue chaque jour à 11h00 mêlant analyses économiques et analyse techniques sur différents marchés (devises, actions, matières premières) accessible gratuitement.

2/ Que pensez-vous de l’évolution de certaines grandes banques vers le trading automatique? Cela signifie-t-il la mort du métier de trader?

Le trading automatique a pris son envol aux États-Unis dans les années 80 et a explosé dans les années 2000. Les adeptes de cette approche automatique des marchés travaillent sur des algorithmes leur permettant d’optimiser leur entrée/sortie du marché à différentes fréquences. Je ne parlerai donc pas ici de mort du métier de trader dans le sens où il est toujours nécessaire d’avoir de bonnes connaissances de marchés et du money /risk management. Les traders qui utilisent ces processus doivent retranscrire en langage informatique une stratégie de trading. On comprend bien que l’image du golden boy à l’ancienne a bel et bien évolué. Cette tendance au trading automatique se développe également sur les marchés européens qui accusent toujours un train de retard sur les États-Unis.

3/ Les goldens boys européens ne sont-ils pas petit à petit dépassés par les traders des quatre dragons (Singapour, Hong Kong, Taiwan, Corée du Sud)?

Ces zones économiques ont un principal point commun qui est la puissance financière. La puissance financière s’est développée avec la puissance économique. Et la puissance économique va souvent de pair avec la liquidité sur les marchés. Qui dit liquidité dit investisseurs. Ces pays, afin d’attirer les fonds et l’expertise, jouent sur une fiscalité très avantageuse. D’autres points clés tels que le cadre de vie ou encore la rémunération font que ces places financières autrefois inexistantes montent en puissance. Cette région du monde bénéficie actuellement d’un effet d’opportunisme.

4/ Compte tenu des nouvelles mesures de soutien de la zone euro, comment voyez-vous l’avenir de cette crise des dettes souveraines?

Sur une vision de court terme, la BCE a lancé de nombreuses mesures de soutien, le principal but étant de permettre aux Etats les plus fragiles de la zone euro de continuer à se financer à taux raisonnables. Cependant, l’action à venir de la BCE permettra certes d’agir sur le marché de la dette mais ce n’est pas pour autant que la situation économique s’améliorera à court terme. La politique monétaire permettra de faire baisser les taux mais ne remplacera pas les réformes structurelles obligatoires pour augmenter le désendettement des pays concernés et relancer la compétitivité. Certains se demandent si la crise est terminée, la réponse est non. On peut considérer que le risque de crise systémique est écarté mais la crise économique devrait encore durer.

Sur une vision long terme, tant que les taux moyen/long terme des pays fragiles de la zone euro resteront aussi élevés, aucune perspective de sortie de crise ne sera envisageable, le poids de la dette ralentissant tout espoir de reprise économique. Quand on voit un taux de chômage espagnol atteignant 25%, on comprend bien que cette sortie va prendre plus de temps que prévue. Les marchés ont déjà "pricé" le coût d’un maintien de la Grèce en zone euro (pour les créancier privés et institutionnels notamment) mais l’impact psychologique et les dommages collatéraux d’une sortie de la Grèce de la zone euro sont difficilement mesurables. Si la Grèce sort de la zone euro, l’incertitude concernant les autres Etats fragiles sera totale. Il faudra donc suivre avec attention la validation par la troïka du plan d’austérité qui conditionnera le versement de la prochaine tranche d’aide de 31.5 mds d’euros.