Interview P._VerdeilBonjour Philippe Verdeil. Vous êtes surtout connu dans le milieu du trading pour avoir été finaliste de la première édition des Talents du Trading de Saxo Banque l'an passé. Depuis, est-ce que votre vie a changé?

Bien que je n'ai pas remporté la victoire, j’ai quand-même la satisfaction d’avoir remporté 5 semaines, 8 podiums, d’avoir eu les meilleures performances, la meilleure gestion du risque et le meilleur classement "buzz média" sur les douze semaines de compétition, donc j’en tire un bilan personnel positif. Le fait d’être passé plusieurs fois sur BFM Business m’a bien aidé et a donné de l’exposition à mon travail. J’ai peut-être plus particulièrement marqué les esprits grâce à ma consistance, ma passion pour le sujet et mes stratégies.

Je me suis efforcé d’être le plus transparent possible tout au long de la compétition pour que les professionnels s’y retrouvent et que les amateurs puissent se dire que le trading peut rester simple et abordable pour celui qui veut s’y intéresser. Cela prouve que les amateurs de trading ont compris qu’au-delà des performances, la façon dont celles-ci étaient générées était la clé du succès à long terme. Pour moi, c’est la plus belle forme de reconnaissance.

Ma vie n’a pas profondément changé depuis la fin des Talents du Trading, une émission sur le trading pour compte-propre n’a pas encore l’impact d’une émission culinaire ou d’une émission musicale, ça viendra peut-être avec le temps! Cela dit, six mois après la fin de l’émission, je reçois encore beaucoup de messages de sympathie de la part d’amateurs avertis ou de professionnels, ça fait plaisir.

D’un point de vue professionnel, l’expérience m’a évidemment amené à réfléchir à la façon dont je voulais continuer à intervenir sur les marchés. Avant la compétition, je m’intéressais principalement aux marchés de devises majeures et aux marchés actions ; ces marchés m’intéressent toujours mais dorénavant je suis aussi beaucoup d’autres marchés comme les marchés de l’énergie, des matières premières et des devises mineures et exotiques.

Votre succès lors de la compétition Talents du Trading est en partie lié à votre bonne performance avec les devises exotiques. Pouvez-vous expliquer aux lecteurs de Forex.fr quel est l'intérêt de trader ces devises et quels sont les risques encourus?

Prendre des mouvements de 400 points sur les paires majeures comme l’EURUSD ou le "cable" (GBPUSD), c’est possible mais extrêmement difficile car ces paires sont très travaillées. Entre 1.32 et 1.28, combien de discours de la BCE et de la FED? Combien de déclarations politiques? Combien de retracements et de rebonds? Je préfère contourner cette difficulté et trader des marchés sur lesquels il est plus facile de rester en position car il y a moins de "bruits de marché".

L’intérêt de trader les devises exotiques, c’est de pouvoir prendre des mouvements de marché de l’ordre de 10 à 30% en restant en position pendant une bonne partie de la tendance. Ce sont des marchés qui développent des tendances claires. La cerise sur le gâteau, c’est que les marchés de devises exotiques dépendent souvent de marchés majeurs comme les marchés des devises majeures ou des matières premières ; cela permet d’avoir un meilleur timing et d’intervenir au bon moment pour se concentrer sur des trades à hauts potentiels.

Les risques encourus sont globalement les mêmes que sur les autres marchés de changes, les risques de pertes de capital sont importants sur les marchés de devises exotiques. Toute activité de trading est risquée et l’aléa provient de ce que l’on ne sait pas au moment où l’on initie son trade. Une banque centrale qui intervient, un Hedge Fund qui "pousse" un marché, un manque de liquidité, un événement politique ou géopolitique majeur et imprévisible, tout cela sont des incertitudes qu’ il faut accepter et c’est là que le contrôle du risque devient primordial.

J’ajuste la taille de mes trades selon mon niveau de conviction ; en général, je rentre dans un trade avec un levier de quatre car j’ai historiquement un bon pourcentage de réussite sur mes points d’entrée: cette taille me permet aussi de prendre mes profits / couper mes pertes progressivement selon le déroulement du trade. Un levier de dix semble être un grand maximum, et encore c’est un niveau de levier à utiliser avec précaution sur des trades qui sont déjà largement profitables.

Le trader de devises exotiques doit prendre un maximum de paramètres en compte s’il veut réussir. Il doit avoir un plan de trading précis qu’il doit respecter dans son exécution. Le risque d’over-trading prend une importance particulière sur les marchés de devises exotiques, chaque transaction coûte cher et viendra aggraver les pertes / amoindrir les gains. Il faut donc prendre soin de bien penser son trade au préalable et réévaluer son évolution par rapport au scénario macro/technique initial.

Selon vous, quelles sont les devises émergentes qui se prêtent le plus au trading forex pour les particuliers? Quelle(s) stratégie(s) employer?

Parmi les devises exotiques, j’aime particulièrement le zloty polonais bien sûr, qui est lié au sort de la zone Euro et de l’industrie allemande, mais aussi les devises liées aux matières premières (AUD, CAD, NZD) et les monnaies scandinaves (SEK, DKK, NOK). Pour chaque marché, il faut déterminer quel est le marché leader qui déclenche les grands mouvements sur la monnaie, le temps de réaction entre le marché leader et le marché suiveur est une fenêtre d’opportunité.

D’une manière générale, les devises les plus intéressantes à trader doivent flotter le plus librement possible, être soumises à des politiques de banques centrales transparentes, être accessibles via des courtiers reconnus et un minimum d’informations et de statistiques économiques doivent être disponibles sur ces marchés.

Sur les marchés des devises exotiques, toutes les stratégies de type intra-day, scalping, trading de cassures sont sous-optimales, tout simplement parce que les coûts de transactions sont difficiles à justifier sur une journée. Le but est de suivre une tendance de plusieurs jours ou plusieurs semaines afin de réduire l’importance des surcoûts de transactions.

Lors de la conférence que vous avez animée fin mai au Salon Friday Forex, vous avez illustré votre démarche de trading avec un trade zloty polonais/yen. Est-ce pour vous un trade viable à moyen terme?

Non, s’il y a quelque chose de constant sur les marchés, c’est bien le changement! A l’époque, mi-octobre, la parité zloty/yen cotait 25,000, le yen s’est déprécié de plus de 20% depuis face au zloty ; par ailleurs le taux de référence polonais était de 4,75% or il est de 3,00% aujourd’hui. Le même trade a donc perdu énormément de potentiel. A l’heure actuelle, je chercherais plutôt à vendre du zloty contre de l’USD.

Du mois d’octobre au moins de février, la baisse du yen était un bon thème à trader. Depuis, j’ai plutôt cherché à trader des thèmes comme l’appréciation du dollar ou la baisse des matières premières. Il faut savoir générer de nouvelles idées de trading pour pouvoir être consistant et rester en mouvement sur les marchés.

Je recherche en permanence de nouvelles idées et je n’en trade qu’une partie. Le luxe des marchés des devises, c’est que l’on peut trader la même idée de différentes façons. Pour un thème macro donné, je ne trade que les configurations techniques/graphiques les plus claires avec le ratio risque/récompense le plus élevé possible. Toute l’exposition à tous les marchés en permanence n’est pas forcément bonne à prendre!

Dernièrement, la banque centrale australienne a baissé son taux, le cours de l’or a décroché, la configuration de l’AUDUSD est devenue baissière, résultat l’AUD a baissé de 10% en dix jours, c’est typiquement le genre de situation que je recherche: quand tous les intervenants du marché sont dans le même sens.

Quels sont vos projets pour les mois à venir? Serez-vous présent au Salon du Trading des 20 et 21 septembre?

Je discute d’éventuelles opportunités professionnelles avec des institutionnels depuis plusieurs mois, certaines pistes datent même d’avant Les Talents du Trading. De manière générale, le secteur est sinistré et au cas où cela n’aboutirait pas, je suis sur le point de déposer 3 marques auprès de l’INPI, une marque de société de gestion, une marque de fonds et une marque de site internet.

Seul le temps dira si j’exploiterai un jour ces marques et ce que j’en ferai. Ce qui est certain, c’est que l’expérience des Talents du Trading m’a poussé à réfléchir à la façon dont je voulais faire évoluer ma vie professionnelle.

Oui, a priori, je serai au Salon du Trading au mois de septembre, en tant que visiteur ou conférencier. Il faut que je choisisse un nouveau sujet à proposer pour une autre conférence. Lors du Friday Forex, j’ai cru comprendre que le public voulait en savoir plus sur certains éléments que je prends en compte dans mon trading comme l’aspect macro, la psychologie du trading, la gestion du risque, les marchés des énergies et des matières premières… Le but sera bien entendu de rendre la problématique abordable. Rendez-vous en septembre pour savoir plus!