devisesGeorge Kennan a théorisé la « guerre froide » juste au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Bernanke risque de rester, dans les mémoires, comme celui qui a mis au service de l'économie les principes de cette guerre d'un nouveau genre, nucléaire et opposant l'Est à l'Ouest, à partir de 1947.

2010 – A la place du bloc soviétique se trouvent les pays émergents. Les Etats-Unis sont toujours là, affublés de leurs alliés britanniques et japonais. Le club des pays non alignés a disparu pour laisser la place à l'attentisme de la zone euro.

Même configuration avec des acteurs un peu différents.

Cette nouvelle guerre, loin d'être une guerre idéologique, est une guerre pour l'argent. Euro, dollar, franc suisse, yen, roupie sont au coeur de cette nouvelle bataille qui a pour arrière-plan les intérêts économiques de chaque pays.

Le nouveau « Grand Satan » est la Chine, accusée de manipuler sa devise. Héros de l'Occident, les Etats-Unis, conduits par Ben Bernanke, font fi de s'opposer à cette nouvelle hégémonie économique d'un pays communiste.

Cependant, en 2010, bien qu'ils ne s'en vantent pas, les Etats-Unis, sous la houlette du chantre de l'assouplissement quantitatif, sont directement à l'origine de cette « guerre des monnaies ». Qu'on veuille le reconnaître ou pas, il s'agit bien d'une guerre.

Comme dans chaque guerre, il n'y aura qu'un seul vainqueur...et il se pourrait bien que ce soient les Etats-Unis.

Injections de liquidités à tout va dans le système...c'est la nouvelle politique de l'ère Bernanke. Greenspan n'aurait certainement pas fait mieux!

Le résultat est immédiat : les marchés sourient, à vrai dire, ils s'enthousiasment à tel point qu'on pourrait oublier que la reprise économique s'enrhume. Effet d'optique, illusion, le magicien Bernanke est de retour, affublé de son fidèle allié britannique qui devrait suivre également la voie salvatrice de l'assouplissement quantitatif.

Entre-temps, les émergents trinquent. Contrôle des capitaux, baisse des taux d'intérêt, ils ne savent plus où donner de la tête pour éviter que leurs monnaies ne flirtent avec des sommets historiques.

Entre les deux, impassible, la BCE fait bonne figure...en se voilant au passage la face. Il est vrai que la banque centrale est plus préoccupée par la guéguerre de succession qui se trame dans ses coulisses que par l'état actuel de la zone euro. Avec un style très british, Francfort décide de ne pas participer à cette guerre...C'est oublier qu'elle est déjà partie prenante!

Le dollar chute chute chute...jusqu'à ce qu'il ne soit plus qu'une monnaie de singe mais, au moins, les Etats-Unis relancent leurs exportations. Après tout, n'est-ce pas le seul moyen pour eux de relancer la machine industrielle américaine?

Les discours sont toujours les mêmes : Washington est pour un dollar fort – alors que la Fed l'affaiblit en coulisse – mais les partenaires européens et japonais sont satisfaits. Une parole est une parole. Surtout si Obama et Geithner le disent. Comment imaginer qu'Obama puisse tromper ses fidèles admirateurs européens?!

La Fed joue sur le suspense – y aura-t-il ou n'y aura-t-il pas en novembre un assouplissement quantitatif?! - mais les dés sont pipés! Oui! Il y en aura un!

Avec de nouvelles liquidités sur les marchés, le billet vert devrait augmenter temporairement dans un premier temps mais la dure réalité reprendra le dessus: chute de l'Oncle Sam et hausse des autres monnaies.

Dollar 1 – Les autres 0!