drapeau2Ayant échappé à la récession alors que les autres pays de l'UE l'ont expérimenté dans la foulée de la crise du crédit de 2008, la Pologne est souvent apparue, aux yeux de nombreux observateurs, comme un « îlot de prospérité » au coeur d'un monde tourmenté.L'actuelle crise de la dette souveraine, qui touche la zone euro, ne saura faire démentir les fervents admirateurs du redressement économique de la Pologne au cours des dernières années.

Conscient de sa chance, Varsovie, qui a essentiellement les yeux braqués désormais sur l'inflation, n'est pas pressé d'intégrer la zone monétaire de l'euro. L'entrée dans l'UE en 2004 était un objectif politique, afin de rattacher de nouveau la Pologne, à l'Europe des Lumières. Immédiatement, la question de l'intégration à la zone euro fut posée, sans réel enthousiasme, puisque le zloty, la monnaie polonaise, offre une certaine stabilité au pays.

En 2008, juste avant le déclenchement de la crise des subprimes, la Pologne avait annoncé officiellement son objectif d'intégrer la zone euro à l'horizon 2012. Cependant, la crise économique et financière aidant, ce délai fut rapidement reporté...d'abord pour 2015...et désormais aux calendes grecques.

La Pologne, à marche forcée, va intégrer la zone euro mais l'actuelle crise souveraine lui offre, pour la deuxième fois, une opportunité inédite de faire marche arrière. « Nie » (« Non » en polonais), c'est le message qui est envoyé depuis plusieurs mois par Varsovie. C'est d'abord le gouvernement qui a refusé de fixer une date éventuelle à l'entrée du pays dans la zone euro et maintenant, aussi la banque centrale, puisque le gouverneur Marek Belka, un temps pressenti pour postuler à la tête du FMI, a reconnu dans une interview la semaine dernière qu'il est encore trop tôt pour fixer une date. Il a même jugé l'idée « frivole », ajoutant que la zone euro a encore beaucoup à faire avant de pouvoir accueillir de nouveaux entrants.

En effet, la crise souveraine a mis clairement en lumière les défaillances au niveau institutionnel de la zone euro. Ces défaillances sont telles que le français Jean Claude Trichet a même suggéré de créer un vaste ministère des Finances européens, idée qui fut très peu commentée en France, tant elle peut soutenue.

Entre-temps, la Pologne regarde et attends. Le ministre des Finances polonais a suggéré que son pays pourrait entrer dans la zone euro sûrement autour de la fin de la décennie ou au début de la prochaine. Une éternité en somme.