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Le front Grec
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Écrit par Philippe Morin
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11-03-2010
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L’analyste de la Kommerzbank a émis une analyse très pointue de la situation grecque, et je ne résiste pas à la tentation de la reprendre et de la commenter.
Plusieurs politiciens ont critiqué les « spéculateurs », qui parieraient sur la faillite de la Grèce en « jouant » avec les fameux CDS sur les obligations grecques. Les CDS sont des instruments financiers qui permettent de bénéficier d’une cessation de paiement sur une obligation.
En réalité, un CDS n’est rien d’autre qu’une assurance, de la même
manière qu’un client « bénéficie » d’un accident de sa voiture s’il a
une assurance, ce qui ne pousse que peu de monde à cracher sa voiture
intentionnellement.
Cette critique est erronée pour les raisons suivantes :
1) Peu d’investisseurs qui achètent les CDS sur les obligations
grecques font un pari sur une faillite de l’Etat grec. En réalité, la
plupart des investisseurs utilisent tout simplement ces CDS comme ce
qu’ils sont, soit des assurances, afin de réduire le risque de crédit
de leur portefeuille d’obligations souveraines grecques, risque qui a
considérablement augmenté suite à la dite irresponsabilité fiscale du
gouvernement grec. Les investisseurs paient tout simplement une prime
d’assurance sur leur portefeuille. Y a-t-il un problème avec ça ?
2) Sans ces instruments d’assurance, un investisseur ne pourrait donc
pas se protéger du risque de faillite, en l’occurrence de la Grèce mais
cela pourrait être de n’importe quel autre pays. Si c’était le cas, les
obligations grecques deviendraient encore moins attractives qu’elles ne
le sont actuellement et que pour attirer des investisseurs, le
gouvernement grec devrait payer un intérêt encore plus élevé sur ses
émissions obligataires. Cela voudrait donc dire qu’encore plus d’argent
public devrait être utilisé pour financer l’intérêt de la dette
publique, et donc la situation grecque serait encore pire que ce
qu’elle ne l’est maintenant, puisque en fait, l’existence du marché des
CDS permet aux gouvernements d’externaliser une partie du risque et des
coûts vers le marché privé.
3) Pour chaque acheteur d’une protection contre un défaut de paiements
du gouvernement grec à travers les CDS, donc d’acheteurs d’une
assurance, il y a un vendeur, donc en fait un assureur, et vice-versa. Il faut une contre-partie!
C’est bien entendu une évidence et une platitude, mais ce fait semble
avoir échappé à nos chers politiciens continentaux. Selon eux, les
vendeurs comme les acheteurs, les assureurs comme les assurés, sont
donc des vilains spéculateurs. Pourquoi alors s’en prendre à seulement
un côté de l’équation et critiquer les assurés ?
4) Comme on le sait, le gouvernement grec a des niveaux de dette et
déficits considérables et il ne s’abstient pas de manipuler les
statistiques officielles, comme un vrai brigand. Pour ces raisons, en
de manière tout à fait légitime, les investisseurs dans les obligations
grecques demandent une importante prime de risque. A la suite de
l’écroulement du marché de l’immobilier américain en 2007-8, les
marchés financiers ont été accusés par ces mêmes politiciens sans
scrupules d’être irresponsables et de prendre des risques inconsidérés.
Maintenant que les marchés financiers sont « plus responsables » et
font attention à ne pas investir dans n’importe quoi, surtout qu’il
s’agit souvent d’argent public en provenance de fonds de pension, de
banques, etc., les marchés se font vertement tancés par les politiciens
pour leur prudence. Si ce n’était pas si ridicule et potentiellement
porteur de conséquences, on pourrait en rire, mais vu le contexte
politique populiste actuel, c’est plutôt à pleurer.
En effet, on pourrait simplement ignorer les déclarations des
politiciens, ce qu’il faut de toute façon faire en général, mais le
problème est qu’elles détournent des véritables difficultés de
l’économie grecque et donc rendent la solution à la crise d’autant plus
improbable.
Dans ce contexte, une correction rapide à la hausse de la paire EUR/USD
semble être largement illusoire, et on devrait continuer à voir au
mieux un piétinement de la paire aux environs des niveaux actuels et au
pire, si la situation aux Etats-Unis continue de s’améliorer, une
poursuite du renforcement de l’USD face à la monnaie unique.

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