euro-night.jpgVoici un très bon article sur la position délicate de la banque centrale européenne après la  dernière réaction de la FED. (Source Morgan HAMON –  AFP)

Après la réaction spectaculaire de la Fed à la crise financière, la Banque centrale européenne fait face à un choix cornélien: continuer comme prévu à augmenter ses taux, au risque d'aggraver la crise, ou temporiser, quitte à perdre de sa crédibilité.

Au début du mois d'août, la BCE avait pris une décision ferme: elle allait augmenter son principal taux directeur en septembre d'un quart de point pour le porter à 4,25%.

Lors d'une conférence de presse, son président, Jean-Claude Trichet, avait réaffirmé sa "grande vigilance" face aux risques inflationnistes, une expression qui annonce immanquablement un nouveau tour de vis monétaire le mois suivant.

Mais depuis ces déclarations, un véritable cyclone s'est abattu sur les marchés financiers, reléguant au second plan les inquiétudes sur un éventuel dérapage des prix en zone euro.

Touchées par l'effondrement du marché du crédit hypothécaire américain ("subprime"), les banques commerciales se sont retrouvées au bord de l'asphyxie un peu partout dans le monde. Et les places boursières se sont effondrées, forçant les banques centrales à intervenir.

La BCE a injecté des dizaines de milliards d'euros dans le circuit monétaire de la zone euro, une opération qui a eu pour effet de gonfler la masse monétaire, et donc en contradiction avec son discours de vigilance sur l'inflation.

La situation est devenue encore plus tendue pour la banque centrale depuis l'intervention de la Réserve fédérale américaine (Fed), qui a abaissé son taux d'escompte, l'un de ses taux directeurs, d'un demi-point. L'opération a porté ses fruits: les marchés ont repris temporairement du poil de la bête.

En suivant l'exemple américain, la BCE donnerait une nouvelle bouffée d'air frais aux opérateurs. Mais elle enverrait également des signaux négatifs.

Un revirement pourrait être interprété comme un signe supplémentaire de la gravité de la crise. En outre, il porterait atteinte à la crédibilité de la BCE, en dévalorisant la parole de son président. L'institut d'émission est encore très jeune, régulièrement attaqué par les politiciens, et il a besoin d'asseoir sa réputation.

A contrario, une nouvelle remontée des taux risque de provoquer elle aussi des remous. Les opérateurs accuseront la BCE de jeter de l'huile sur le feu en resserrant les conditions du crédit alors que les marchés ont précisément besoin d'un ballon d'oxygène.

Plus gênant encore, la croissance montre des signes de faiblesse. Le PIB de la zone euro a progressé seulement de 0,3% au deuxième trimestre après 0,7% sur les trois premiers mois de l'année. Dans ces conditions, un nouveau tour de vis risque d'être considéré comme contre-productif, notamment en France, où le gouvernement accuse régulièrement la BCE de privilégier la lutte contre l'inflation au détriment de la croissance.

La position de la BCE est donc pratiquement inextricable. Pour l'instant toutefois, le scénario le plus probable reste celui d'un nouveau tour de vis en septembre.

"Le conseil des gouverneurs de la BCE a fait savoir qu'il observait avec une grande vigilance l'évolution (de l'inflation), pour prendre de nouvelles mesures en cas de besoin", réaffirme lundi la Bundesbank dans son rapport mensuel d'août.

"La BCE veut toujours monter les taux", estime Jorg Krämer, chef économiste de la Commerzbank. "Mais si les turbulences continuent sur le marché, elle mangera son chapeau et baissera ses taux", ajoute-t-il.

Holger Schmieding, chef économiste à la Bank of America, partage son opinion. "Si les marchés se calment ne serait-ce qu'un peu, il y aura une hausse en septembre. C'est l'hypothèse la plus vraisemblable", explique-t-il à l'AFP.

Seule concession, selon l'économiste, la BCE devrait renoncer à la hausse de taux qu'elle avait imaginée pour le mois de décembre.