drapeau_grec.jpgDepuis quelques semaines, tous les regards sont tournés vers la Grèce, dont les problèmes économiques pèsent lourdement sur l'Euro. Nous faisons le point de la situation.

Ces derniers jours, le spread entre le rendement des obligations grecques et les obligations allemandes s'est considérablement élargi, surtout à court terme.

Le plan de stabilité grec prévoit de couper les déficits de 12.7% du PIB en 2009 à 2.8% en 2010, ce qui est une tâche extrêmement difficile, surtout que le plan est très dépendant d'une augmentation des revenus, alors qu'il faudrait plus de coupes sombres dans les budgets.

Nous ne pensons pas que la Grèce, ou l'Union européenne dans son entier, puissent se permettre de quitter la zone euro. 

Si la confiance ne revient pas, les pays européens devraient probablement faire un prêt sous conditions draconiennes, c'est-à-dire mettre de facto la Grèce sous tutelle.

Si la Grèce décide de faire défaut, elle ne pourrait plus obtenir de financement et serait obligée d'avoir un budget à l'équilibre, ce qui serait encore plus pénible que les mesures demandées actuellement par le marché.

Les derniers développements

L'élargissement ces derniers jours du spread entre les obligations grecques et les obligations allemandes, qui sont le benchmark de la zone euro, a été simplement énorme. Le spread sur l'obligation à maturité de 2 ans est passé de 1.60% à plus de 3% en seulement deux semaines, ce qui est énorme pour le marché obligataire et démontre la perte de confiance du marché face à la Grèce, ce d'autant plus que la liquidité a été très faible et la volatilité très importante.

Le gouvernement grec a promis de couper son déficit de 12.7% du PIB en 2009 à 2.8% en 2012, ce qui semble improbable pour les marchés. De plus, au vu de la crédibilité douteuse des données statistiques grecques, on ne peut même pas être sûr que ces chiffres reflètent fidèlement la réalité. La Grèce est de loin le pire pays de la zone euro quant aux finances publiques.

Par ailleurs, le plan de stabilité grec est grévé par le fait qu'il prévoit une hausse des revenus qui nous semble être irréaliste alors que les coupes dans le budget ne sont à la hauteur que de 4.2%, soit bien moins que ce qui est nécessaire. C'est d'autant plus irréaliste que la base de l'impôt en Grèce est très étroite et que l'évasion fiscale se fait massivement et à très grande échelle, dans toutes les couches de la population, ce qui fait que la taille de l'économie grise est en Grèce sans aucune proportion avec ce qui se passe dans le reste de l'Europe. Cela devrait permettre de laisser une grande marge pour augmenter la collection d'impôts, mais au vu de la faiblesse institutionnelle du pays, on peut fortement en douter. Le gouvernement grec montre pour l'instant beaucoup de mots et peu d'action. Il faudrait que le soit le contraire qui se passe.

Quant on a posé la question de la sortie de la Grèce de la zone euro à Jean-Claude Trichet, le directeur de la BCE, celui-ci a répondu qu'il « ne commentait pas d'hypothèses absurdes ». Cette mesure ne semblant en effet pas réaliste, et pas non plus utile puisqu'une monnaie grecque ne serait pas crédible et se verrait immédiatement dévaluée, ce qui augmenterait le poids de la dette, qui est en euros, la Grèce doit trouver une autre solution. Celle-ci pourrait passer par une prêt de l'UE à des conditions avantageuses, mais en échange de mesures draconiennes, qui mettraient de facto le pays sous tutelle.

Pour le futur immédiat, le gouvernement grec doit absolument faire plus que faire de belles déclarations d'intention. La Grèce doit faire face à peu de paiements d'obligations en février et en mars, et donc elle a un peu de temps devant elle mais en avril et en mai, elle a de nombreuses obligations et si elle ne récupère pas de crédibilité d'ici là, elle risque de prendre le chemin du défaut de paiement, ce qui ne nous semble pas être une option, au vu de la dette nationale, qui est d'environ 300 milliards d'Euros. En comparaison, lorsque Argentine et Russie ont fait défaut sur leur dette, ils avaient une dette nationale entre 50 et 55 milliards d'Euros. On n'ose même pas imaginer le résultat d'un défaut de paiement, et donc il est clair qu'une solution sera trouvée, la question étant simplement la forme qu'elle aura et ses conséquences.

Quel que soit l'angle avec lequel on attaque le problème, le résultat reste toujours le même: la Grèce doit absolument retrouver sa crédibilité et couper ses dépenses, et, plus accessoirement, augmenter ses revenus. Ce sera politiquement très difficile, les syndicats ayant déjà appelé à manifester, mais l'alternative sera la faillite pure et simple de l'Etat grec.

Plus la Grèce attendra et moins elle prendra ses responsabilités, plus le résultat final sera dur et douloureux.