march_obligataireLa crise de la dette des Etats est dans tous les esprits. Ainsi, il y a deux jours, le gouverneur Lorenzo Bini Smaghi, membre de la BCE, mettait en garde les marchés contre l'imminence d'une crise de la dette dans plusieurs pays développés, prenant notamment en exemple le cas des Etats-Unis qui font faire face d'ici à 2015 à un endettement représentant 110% de leur PIB, soit au même niveau que le Japon. Cette crise pourrait, selon les dires du gouverneur, paralyser toute l'économie mondiale.

Pourtant, en dépit du couperet qui se trouve au-dessus de la plupart des pays occidentaux, le marché obligataire, en dépit de quelques creusements de spreads, se porte plutôt bien en cette période d'incertitude.

Certains n'hésitent pas à y voir l'effet d'une bulle qui risque à tout moment d'éclater et d'aggraver la crise actuelle.

Cependant, avant d'évoquer un scénario catastrophe, encore faut-il comprendre les raisons de l'engouement des investisseurs pour les obligations étatiques. Les raisons sont simples et se résument en trois mots : l'aversion au risque. Tout comme les investisseurs se replient sur le franc suisse, le dollar ou encore l'or, ils choisissent également de se replier sur les obligations d'Etat. Le point commun de tous ces actifs financiers est qu'ils sont considérés comme des valeurs refuge.

Tous ces actifs connaissent une pente ascendante sur les derniers mois qui reflète les inquiétudes des marchés financiers. Bien que la question de la solvabilité de nombreux Etats se pose, la politique actuelle des taux des obligations d'Etat favorise toujours cet actif. Avec des taux aussi attractifs que 2.7% pour le Bund allemand ou environ 2.5% pour les taux américains et français, les investisseurs ont de quoi être séduits.

La lune de miel entre les investisseurs et le marché obligataire a toutes les chances de durer et surtout peu de chances de se transformer en désastre financier. En effet, la hausse des obligations souveraines n'est pas jugée excessive. Pour s'en convaincre, il suffit notamment de comparer l'évolution de ces obligations à l'évolution des actions. Le résultat est sans équivoque : les obligations souveraines ne surperforment pas par rapport aux actions. Ainsi, le Bund, valeur phare du marché des obligations, est en droite ligne avec le DAX.

Le seul risque qui pèse sur le marché obligataire réside dans une inversion de stratégie des banques centrales. Cependant, pour l'instant, les principales banques centrales ne semblent pas disposées à changer la donne. Du côté de la Fed, la question d'une sortie de crise n'est même pas évoquée alors que d'après les dernières informations, la BCE pourrait s'intéresser aux stratégies de sortie de crise seulement en décembre prochain.

Dès que l'horizon se sera éclaircit, les investisseurs renoueront avec des actifs plus risqués et plus rémunérateurs mais cela se produira très progressivement étant donné que la reprise économique devrait être particulièrement lente en Europe, au Japon et aux Etats-Unis.