h_9_ill_1027237_yendollar.jpgPour la seconde fois, l'opposition japonaise, qui a remporté lors des élections sénatoriales de juillet 2007 une majorité de blocage au Sénat, vient de rejeter le candidat du gouvernement au poste de gouverneur de la banque centrale du Japon au motif des liens étroits existants entre ce dernier et le ministère des finances.

En rejetant cette nomination, l'opposition veut ainsi faire entendre sa voix et faire pression sur le cabinet du premier ministre Fukuda. Elle veut faire de l'enjeu de cette nomination un exemple de sa politique à un moment où le parti au pouvoir est ébranlé régulièrement par des affaires de corruption ou de corporatisme.

Militant pour une banque centrale totalement indépendante du pouvoir politique ce qui, dans les faits, n'est pas le cas, l'opposition de gauche avance les exemples de la Banque Centrale Européenne et de la Réserve Fédérale pour justifier ce combat.

Bien que louable, même si l'indépendance de la BCE est souvent critiquée dans l'hexagone, ce combat laisse le yen sans pilote. Du moins, sans pilote officiel ce qui ne peut pas rassurer les marchés.

A un moment où la hausse du yen face à un dollar vacillant sur le marché des changes pénalise fortement les grandes entreprises nippones, l'inaction de la banque centrale amplifie les inquiétudes. En effet, après une décennie presque entièrement établi à un niveau proche de zéro suite à une profonde crise financière, le taux d'intérêt de la banque centrale doit être impérativement augmenté. Cette augmentation avait déjà été repoussée par le passé en raison d'échéances électorales qui ne sont jamais propices à la prise de décision.

La situation du Japon est très tendue en fait. Bien avant la crise financière issue de l'affaire des subprimes, les autorités monétaires avaient prévu d'augmenter les taux afin de redonner du volume à l'épargne qui, au cours de la décennie 90, a fondu.

Cependant, maintenant que le dollar tressaillit, une hausse des taux ne serait pas dans l'intérêt des entreprises nippones exportatrices déjà inquiétées par la hausse du dollar sur le Forex.
 
Jusqu'en 2008, la devise américaine s'échangeait à plus de 110 yens ce qui assurait des revenus élevés aux entreprises exportatrices mais, depuis le début de l'année, la baisse du dollar, aux environs de 95 yens mi mars, a soulevé des inquiétudes chez les investisseurs étrangers.

Certes, la mondialisation des activités et par corollaire la réduction de la dépendance vis-à-vis du marché américain devrait compenser les pertes de revenus liées au ralentissement économique outre-atlantique et à la chute du dollar sur le marché des changes.

Néanmoins, d'après les spécialistes, si le dollar venait à tomber aux alentours des 75 yens, des problèmes conséquents viendraient à se poser. A l'heure actuelle, alors qu'une nouvelle baisse des taux d'une ampleur de 50 points de base est attendue au mois d'avril du côté de la Réserve Fédérale, ces inquiétudes ne peuvent être que confortées.

La perspective d'élections législatives anticipées en 2008 ne devrait pas inciter le gouvernement nippon à prendre des décisions décisives, spécialement si aucun gouverneur n'est nommé d'ici là.