Suspicion sur le dollarL'actualité de la semaine dernière fut chargée avec les réunions des comités de politique monétaire à Tokyo puis à Londres et Francfort jeudi.

Le bal fut ouvert par la Banque du Japon qui, comme prévu par les traders, a maintenu son taux inchangé, à 0,50%. Cette réunion a par ailleurs intronisé au poste de gouverneur de la banque centrale M. Shirakawa alors qu'un vide inquiétant avait eu lieu durant quelques semaines à la tête de l'institution suite à des désaccords entre l'opposition de gauche et le gouvernement au Sénat. Le maintien du statu quo est le symptôme de l'incapacité des autorités à transiger entre la nécessité de relancer la croissance et la nécessité tout aussi urgente de relancer l'épargne.


La journée de jeudi fut également chargée. Sans surprise, la BCE a maintenu le statu quo, en dépit de l'appel à plus de souplesse lancé par le directeur général du FMI. De son côté, la Banque d'Angleterre a baissé son taux d'un quart de point, à 5%.

En prévision de la baisse, jugée insuffisante par certains pour lutter contre la crise, la livre sterling a atteint un nouveau plus bas historique sur le marché des changes, à 1,24 euro pour une livre. De même, en prévision du statu quo, la monnaie unique européenne est montée brièvement à 1,5912 dollar jeudi sur le Forex.

L'anticipation du statu quo a en effet favorisé l'euro face au dollar. Le dollar est particulièrement ébranlé par les prévisions du FMI qui a annoncé que les Etats-Unis devraient subir au premier semestre une récession avant de se relever progressivement. De telles prévisions font écho aux propos du président de la Réserve Fédérale il y a moins de quinze jours dans lesquels il avouait à demi-mot la possibilité d'une récession. Le milliardaire George Soros, toujours très écouté par les marchés depuis sa spéculation réussie sur la livre sterling en 1992, fut encore plus alarmiste en prévoyant que le pire pouvait être à venir.

Dans un tel contexte, les investisseurs perçoivent l'euro comme une valeur refuge. Les traders n'ont d'ailleurs pas attendu les conclusions de la réunion du G7 à Washington pour acheter de l'euro et vendre du dollar.

Par ailleurs, la hausse de l'euro est accentuée par l'achat de monnaie unique européenne par les banques centrales dans le but de diversifier leurs réserves monétaires. En effet, les suspicions face au dollar ne font que croître. Les pays membres du Conseil de Coopération du Golfe, dont la rente pétrolière a diminué suite à la faiblesse du dollar, envisagent par exemple d'abandonner l'indexation de leurs devises au dollar.

Un tel climat devrait par conséquent favoriser un nouveau record de l'euro sur le marché des devises, le faisant peut-être même dépassé le seuil psychologique de 1,60 dollar cette fois-ci.