euro clatementVous avez sans doute entendu parler de ces fameux Eurobonds ou Euro-obligations, ils sont au cœur des débats politico-économiques actuels . Si vous ne savez toujours qu'est ce qui se cache derrière ce nom barbare et bien dans quelques minutes vous pourrez épater tout le monde au bureau ou à la maison!

Avant de rentrer dans le vif du sujet, expliquons les mécanismes d'emprunts des Etats.

Nous le savons, lorsqu'un Etat a un besoin en liquidité il doit emprunter. Pour ce faire, il va émettre des obligations, ou bonds en anglais. Ces titres de créances sont cotés sur le marché obligataire, la cotation s'effectue en fonction du taux d'intérêt. Plus un pays est stable et solide économiquement parlant plus les taux d'intérêts auxquels il devra faire face seront faibles. A l'inverse moins un pays offre de garanties plus les taux seront hauts, c'est le cas de la Grèce par exemple.

Les taux d'intérêts deviennent alors un instrument de spéculation, et quand un pays accuse de trop lourds handicaps, les taux montent en flèche. Pour Athènes, le taux des bonds à 10 ans est devenu si élevé que le pays ne peut plus emprunter d'argent à une si longue échéance. Il est désormais contraint d'emprunter à 6 voire 3 mois.

A l'inverse, les obligations allemandes en cette période de crise apparaissent comme une valeur refuge ce qui a permis, il y a quelques mois, à l'Allemagne d'emprunter à taux négatif, et plus récemment, à taux zéro. Oui! ça parait fou.

L'idée des eurobonds est né de la difficulté de pays comme la Grèce à emprunter sur les marchés financiers. L'objectif de ces obligations est de pouvoir faire emprunter les pays qui ne le peuvent plus, comme la Grèce, pour relancer la croissance et pour sortir de la crise.

Le principe des ces euro-obligations est simple, c'est de mutualiser l'emprunt pour mutualiser les risques et donc les réduire. En empruntant en commun le taux d'intérêt serait unique, chaque pays souscrivant à ces bonds empruntera donc au même taux que son voisin.

Ce taux sera évidemment plus faible qu'à l'heure actuelle pour les pays en difficultés puisque la spéculation sur les obligations sera presque entièrement effacée grâce à la solidité économique des leaders européens. A l'inverse, les pays en bonne santé économique emprunteront eux un peu plus cher puisque ils seront soumis à la fragilité de leurs homologues européens. Et comme dirait le ministre allemand Rösler: "Les eurobonds signifieraient que tout le monde partagerait le même poids des taux d'intérêts, ce qui serait une punition pour les pays sains". Le taux commun sera calculé en fonction des différents taux des pays souscripteurs.

Ces taux d'intérêts devraient tout de même se rapprocher plus de ceux de la France et de l'Allemagne que de ceux de l'Italie ou de l'Espagne, bien heureusement, sinon la manœuvre ne serait d'aucune utilité.

Vous l'aurez sans doute compris, les pays proche de la faillite sont tous favorables à la création de ces fameuses obligations mutuelles.

Les eurobonds étaient dans le programme du Parti Socialiste français pour les éléctions présidentielles, mais est-ce vraiment la solution pour sortir de cette crise?

Les opposants sont nombreux et leurs critiques sont légitimes, les allemands sont farouchement opposés à cela. Ils mettent en avant la perte de souveraineté de la nation face à ces emprunts mutuels. Ces démarches s'inscrivent dans un gouvernance économique européenne commune. Or, on ne peut pas dire que la politique économique communautaire de l'Europe par le biais de la BCE soit une réussite pour le moment.

Soit trop commune soit pas assez, il n'y a pas de juste milieu et le budget européen est trop faible pour réussir à parvenir à une sorte d'unité entre les Etats.

De plus, cela va à l'encontre des modalités européennes qui stipulent que tout Etat doit maintenir son déficit budgétaire en dessous des 3% de son PIB et sa dette en dessous de 60%. Relancer la croissance par l'emprunt alourdirait la dette sous laquelle croulent déjà de nombreux pays de l'Union. Rappelons tout de même que la France est endettée à plus de 80% de son PIB.

La difficulté sera de contrôler les dépenses des pays en difficulté et cela sera une tâche hardie, comme le disait si bien il y a quelques jours le président de la Bundesbank: "On ne confie pas sa carte de crédit à quelqu'un si on n'a pas la possibilité de contrôler ses dépenses". On ne pouvait pas mieux résumer la situation!

C'est en opposition avec tous les plans d'austérités qui ont pour objectif de réduire les déficits publics, donc par voie de conséquence réduire la dette, dans le but de retrouver une économie saine.

La Grèce n'en est pas à sa première piqûre de relance, croire que des emprunts permettront une relance de l'activité économique et une sortie de crise n'est-il pas utopique?

Le problème en économie c'est qu'une théorie ne peut être testée qu'empiriquement, seul l'avenir pourra nous dire si les eurobonds sont la solution à ce problème majeur. Car comme le dit le proverbe de vulgarisation: "Un économiste, c'est celui qui saura demain, pourquoi ce qu'il avait prédit hier, ne s'est pas déroulé aujourd'hui!".