grexitA quelques jours d'un scrutin présenté comme crucial pour la Grèce mais aussi pour l'avenir de la zone euro, la Rédaction de Forex.fr vous propose de faire le point sur les conséquences éventuelles d'une sortie du pays de l'Union monétaire.

- Conséquences pour la Grèce:

Une sortie de la zone euro aurait pour conséquence immédiate en Grèce la réintroduction de la drachme, très fortement dévaluée vis à vis de la monnaie unique européenne. L'une des principales répercussions de cet état de fait serait d'augmenter le poids des dettes à rembourser. Toutes les dettes, qu'elles soient publiques ou privés, ont été contractées en euros, elles seraient donc toutes remboursées en drachme ce qui compliquerait encore la tâche du pays du fait du taux de change, à moins qu'il ne fasse défaut sur sa dette.

Les entreprises financières et non financières seraient aussi en situation difficile. Des retraits bancaires massifs en raison de la perte de confiance seraient inévitables ce qui précipiterait la faillite des banques grecques, déjà lourdement sous-capitalisées. Les entreprises trouveraient quant à elles difficilement des prêteurs, des partenaires commerciaux internationaux ou des fournisseurs pour leurs importations sauf si les factures seraient payées en cash par les entreprises grecques. En situation difficile, pour diminuer les charges, les entreprises grecques seraient contraintes d'augmenter leurs prix, de baisser les salaires voire de licencier en masse, accentuant au passage l'appauvrissement de la population.

De manière concomitante, la dépréciation de la monnaie provoquerait un renchérissement du coût des importations qui entrainerait une augmentation des prix de revient des produits locaux et, au final, une baisse du pouvoir d'achat des ménages. Les exportations n'en seraient pas spécialement favorisés, contrairement à ce qu'on dit souvent, car la Grèce est un pays qui exporte peu et qui connait un déséquilibre flagrant de sa balance commerciale.

La croissance serait évidemment dans le rouge. Les projections tablent sur une chute du PIB de 25% à 50% dans l'année qui suit la réintroduction de la drachme, si on envisage sur une drachme inférieure de 70% à l'euro. Avec une dette publique qui pourrait atteindre dans ce contexte 330% en 2014, la Grèce n'aurait d'autre solution que de faire défaut sur sa dette, ne remboursant pas ses créances mais ne pouvant plus emprunter de l'argent pour de nombreuses années.

- Conséquences pour l'euro et la zone euro:

Compte tenu de la forte dépréciation de la drachme, il est certain que la Grèce ne serait pas en mesure de payer ses dettes en euros, ce qui inciterait le pays à tout simplement faire défaut, affectant au passage les autres pays européens qui ne seraient jamais remboursés.

En effet, les États de la zone euro sont les principaux actionnaires des plans d’aide à la Grèce à travers les institutions européennes et le FMI avec un premier paquet de 110 milliards d'euros en mai 2010 et un second plan déployé en mars 2012 pour un montant de 130 milliards.

Par ailleurs, une sortie de la Grèce enverrait un très mauvais signal aux marchés et révèlerait l'absence de solidarité au sein de l'Eurozone. La pyschose pourrait s'emparer des investisseurs, ces derniers craignant que d'autres pays, comme le Portugal, l'Irlande ou l'Espagne ne quittent à leur tour l'Union. La crédibilité de la zone euro en serait irrémédiablement affectée.

Enfin, des dégradations en chaîne de la note souveraine des pays européens seraient à prévoir. Selon l'agence de notation Fitch, si la Grèce quittait la zone euro, les notes de tous les autres Etats de la zone euro seraient mises sous surveillance négative, notamment celles de la Belgique, Chypre, l'Espagne, la France, l'Irlande, l'Italie, le Portugal et la Slovénie. Il est probable qu'en réaction la valeur de l'euro chute fortement sur le marché des changes.

- Conséquences pour les créanciers de la Grèce, notamment les banques:

Sans surprise, les créanciers de la Grèce ne reverraient jamais leur argent ce qui obligerait à accuser des pertes importantes, fragilisant le secteur bancaire européen et des pays déjà en difficulté comme l'Espagne ou le Portugal. La France et l'Allemagne accuseraient les pertes les plus conséquentes, la France possédant notamment 65 milliards d'euros de dette souveraine grecque. Au niveau bancaire, les banques françaises et allemandes sont les plus importants créanciers de la Grèce. Les banques allemandes disposent de 22 milliards d'euros de créances grecques et les banques françaises détiennent 15 milliards de dette souveraine grecque. Le montant total des créances des banques allemandes et françaises s'élève donc à 37 milliards d'euros. En cas de non remboursement, un plan de recapitalisation massif serait nécessaire pour ne pas fragiliser davantage le secteur bancaire.

Enfin, la BCE ne serait pas non plus épargnée puisque les dettes grecques vis à vis de Francfort s'élèvent à environ 150 milliards d'euros sous deux formes: 50 milliards d'euros pour les rachats de titres de l'État grec sur le marché en mai 2010 et 100 milliards d'euros de liquidités aux banques grecques. En cas de défaut de la Grèce, les pertes seraient partagées entre les 17 banques centrales de la zone euro en fonction de leur part au capital de la BCE mais au final, cela pourrait se résumer à un simple jeu d'écriture pour les banques centrales.