Grece-parthenonLes fameuses élections législatives grecques se rapprochent à grands pas. Les marchés financiers les attendent avec impatience comme nous avons pu le constater sur le Forex cette semaine. L'attentisme européen et l'absence de convergence pour sortir de la crise ne rassurent pas les marchés qui ne savent plus à quel sein se vouer. De surcroît, si la Grèce sort de la zone euro, cela marquera l’échec de Bruxelles et de la politique commune.

Force est de constater que même un des plus petits maillons de l'Union, en l’occurrence la Grèce qui représente seulement 3% de l'économie de l'UE, met en péril l'équilibre entier de la zone euro. Les gouvernements grecs successifs, plus incompétents les uns que les autres, ont laissé place à un vent de panique. Les protestations du peuple grec contre l'austérité n'arrangent pas les choses. En effet, les mesures de rigueur étaient les conditions sinéquanones au prêt de 130 milliards d'euros en mars dernier. Mais ces règles sont intenables et la crise économique s'est transformée en crise politique. L'incapacité à former des gouvernements stables en accord avec les directives de l'Union et les attentes de la population a conduit à un nouveau scrutin. Une nouvelle bataille, celle des législatives, sera donc lancée ce dimanche 17 juin. En bon stratège, le trader devra faire l'inventaire des forces en présence et analyser l'impact de chacune sur l'évolution du marché des changes.

Rassurez-vous, la Rédaction de Forex.fr est là pour vous aider.

Les principaux acteurs politiques de la crise grecque

Avant d'envisager les différents cas possibles pour l’élection, analysons d'abord les partis grecs et leur situation sur l'échiquier politique.

- Nouvelle Démocratie (ND) : Parti de droite qui soutient les plans européens d'aide à la Grèce.

- Grecs Indépendants (GI): Parti plutôt d'extrême-droite opposé aux plans européens d'aide

- PASOK: Mouvement socialiste pan-hellène qui soutient les plans européens d'aide

- Syriza: Représente la gauche radicale, dirigée par Alexandre Tsipras, leader charismatique de 37 ans. Parti opposé aux plans européens d'aide.

Il existe d'autres partis plus petits mais qui ne devraient pas peser lourd dans la balance, c'est pourquoi on ne les étudiera pas. Ils auront un rôle plus important si aucun parti n'arrive à créer de majorité.

Ce qu'il faut savoir avant toute chose c'est que l'Assemblée grecque, la Vouli, est constituée de 300 sièges, 50 sièges sont attribués d'office au parti arrivé en tête, les 250 sièges restant sont ensuite répartis à la proportionnelle.

Selon les derniers sondages effectués le 2 juin, le parti qui arriverait en tête serait Nouvelle Démocratie, talonné de près par Syriza.

Il existe deux possibilité d'après les enquêtes d'opinions les plus récentes, soit ND est en tête soit c'est Syriza. Analysons les deux scénarios.

Si Nouvelle Démocratie arrive en tête...

Dans un premier temps considérons que Nouvelle Démocratie gagne puisque c'est elle qui a remporté les élections anticipées du 6 mai 2012. Le parti risque alors de s'allier avec le PASOK.

Soit l'union ND-PASOK obtient la majorité à l'Assemblée, soit le score des autres partis est trop élevé et ils ne l'ont pas, étant donné que le nombre de sièges est attribué à la proportionnelle.

Dans le cas où l'union ND-PASOK a la majorité, ce sera certainement un ouf de soulagement pour les investisseurs et pour l'Union Européenne puisqu'ils se sont engagés envers leurs créanciers et qu'ils sont considérés comme pro-austérité. Toutefois, ils devront se méfier des engagements qu'ils ont pris vis à vis du peuple grec. En effet, ils ont promis une détente de l'austérité pour éviter au peuple une asphyxie économique. S'ils sont élus, certes la pression sur la Grèce s'apaisera, mais pour combien de temps? Est-il utile de rappeler que ce sont ces deux partis qui ont conduit le pays hellénique à la ruine en se relayant au pouvoir pendant trois décennies? Si les élections donnent à cette union la majorité requise, il n'y aura sans doute aucun changement dans la vie politique grecque.

Dans le cas inverse, où l'union ND-PASOK n'obtiendrait pas la majorité, il faudra essayer d'en composer une avec d'autres partis, mais lesquels?

Les Grecs Indépendants, certainement pas, il semble évident que le PASOK refusera. Imaginez, c'est comme si on demandait au Parti Socialiste de s'allier avec le Front National. A votre avis que répondrait-il ?

Avec Syriza, c'est encore moins vraisemblable, dans ce cas c'est la même chose que de demander à Jean-Luc Mélenchon de s'allier avec Nicolas Sarkozy. Vous l'aurez compris dans ce cas de figure nous retournerions directement en arrière et un 3ème scrutin pourrait voir le jour.

Si Syriza arrive en tête...

Maintenant étudions le scénario où Syriza, la coalition de la gauche radicale, remporte ces législatives, ce qui n'est pas exclu.

Selon les sondages Syriza obtiendrait à peine plus de 25% des suffrages, insuffisant donc pour obtenir la majorité (au moins 150 sièges) à la Vouli. Il faudra alors que l'extrême-gauche grecque trouve l'appui d'autres partis, sans doute les communistes, mais après? Il sera bien difficile pour Syriza de constituer une majorité stable, auquel cas nous nous dirigerions vers une troisième élection.

Imaginons tant bien que mal que Tsipras arrive à créer la majorité qu'il souhaite. Alors là, on devrait assister dans un premier temps à un affolement sur tous les marchés. Il ne faut pas oublier que ce parti surfe sur une vague de populisme anti-austérité, malgré le fait que Syriza répète son ambition de rester dans la zone euro.

Des négociations entre les organismes de financement (UE, FMI, BCE) et Tsipras s'engageraient alors. Si les créanciers acceptent de négocier ce sera simplement pour essayer d'éviter une hécatombe financière, ce qui ne ferait que retarder l'échéance de l'éclatement de la crise du crédit.

Dans le cas où les créanciers ne veulent pas négocier, alors ils stopperont net les fournitures de liquidités et la faillite de la Grèce aura lieu au plus tard fin juillet 2012. Et le pays sera obligé de revenir à une monnaie nationale, scénario que nous avons déjà évoqué dans un autre article. Seul un retour à une monnaie nationale pourrait d'ailleurs permettre au parti Syriza d'appliquer son programme qui s'inspire beaucoup des mesures prises par l'Islande en 2008 pour redresser efficacement le pays. Seule différence notable, l'Islande avait alors les moyens d'ajuster sa politique monétaire, afin par exemple de dévaluer sa monnaie pour doper ses exportations, ce que ne peut pas faire la Grèce en tant que membre de l'Union monétaire.

Vous l'aurez certainement remarqué au fil de cet article, la situation en Grèce semble très compliquée pour ne pas dire désespérée. Il faudra d'abord que le parti remportant l’élection arrive à constituer une majorité à la Vouli. Si ce n'est pas le cas la Grèce s'orientera vers un troisième scrutin qui ne fera qu'exaspérer les marchés. Une fois une majorité rétablie, la Grèce ne sera pas sauvée pour autant. Si l'extrême-gauche prend le pouvoir, alors il n'y aura qu'un seul mot d'ordre sur le Forex : Shorter l'EURO! On voit en effet mal comment Syriza parviendra à maintenir la Grèce dans l'eurozone en appliquant son programme. Surveillez bien le résultat des élections dimanche, et surtout les négociations qui vont suivre. Il est fort probable qu'il y ait sur le marché des changes de gros écarts entre les prix de clôture et d'ouverture ce week-end.