Chine shadow_bankingLes récents indicateurs chinois ont encouragé les investisseurs et les économistes à croire que la reprise de la croissance mondiale sera poussée par la Chine. Bien que le Fonds Monétaire International ait de nouveau revu à la baisse ses prévisions mondiales pour l'année en cours, la reprise est en marché mais comme l'a affirmé Christine Lagarde à Davos la semaine dernière, elle est "fragile et timide".

Le principal challenge pour la croissance mondiale consiste en la capacité des Américains à trouver rapidement un accord pour relever durablement le plafond de la dette en échange d'un programme de réduction des dépenses crédible. Dans les couloirs de la station de ski suisse, tous ne parlaient que de ce défi pour l'économie mondiale.

Cependant, même si on pense souvent que la Chine est un relais de croissance idéal, le pays fait reposer son expansion sur un système financier bancal qui, tôt ou tard, va finir par s'effondrer. Les efforts réguliers depuis quelques années des officiels chinois pour assainir le système n'ont eu des effets que très mitigés jusqu'à présent.

Le cercle vicieux est bien connu des économistes: le faible taux d'intérêt des dépôt a incité massivement les Chinois à se tourner vers la gestion de patrimoine et d'autres investissements risqués. La crise du crédit est même allée jusqu'à forcer certains investisseurs à se tourner vers le shadow banking, un système non régulé et opaque qui étant sa toile un peu partout dans le monde.

Un rapport publié il y a peu par Edward Chancellor et Mike Monnelly a mis en lumière les difficultés croissantes de la Chine et "la fragilité aiguë" du système financier du pays. Selon eux, on a coutume de dire au sujet du système bancaire chinois qu'il contient un nombre négligeable de créances douteuses, une liquidité importante et un faible levier. Cependant, la réalité est bien différente comme l'a montré de manière très claire le rapport qu'ils ont écrit.

La Chine a en fait créé beaucoup trop de crédit dans un laps de temps trop court. Ainsi, en 2009, afin d'aider l'économie, Pékin a ouvert les vannes du crédit pour près de 4 trillions de yuans, faisant grimper de 2007 à 2012 le ratio crédit sur PIB à plus de 190%!

De fait, comparé à d'autres pays émergents, le pays possède beaucoup plus de dettes qui reposent majoritairement sur le marché de l'immobilier dont on sait qu'il est en situation de bulle spéculative.

Dans le même temps, les Chinois se sont tournés vers le shadow banking, une situation qui n'est pas sans rappeler les Etats-Unis avant la chute de Lehman Brothers. Le shadow banking prospère principalement à travers les produits de gestion de fortune. Ces derniers, à la fin de l'année 2012, représentaient pas moins de 13 trillion de yuans selon Fitch, soit une hausse en un an de 50%. Présentés comme peu risqués, ces produits sont en réalité très dangereux et il arrive bien souvent que les personnes en charge de les vendre ne savent même pas comment l'argent est utilisé. En fait, il apparait que ces sommes sont placées dans le shadow banking, sur des valeurs adossées au marché de l'immobilier.

Le principal risque désormais pour la Chine est une chute du marché de l'immobilier, potentiellement brutale, qui déstabiliserait alors tout le système, en particulier tout le shadow banking qui a prospéré pendant les dernières années. On serait donc face à une vaste crise du crédit qui aurait un impact mondial. A maints égards, la situation peut sembler assez similaire à celle qui a conduit à la crise des subprimes. Toutefois, la Chine a une maîtrise beaucoup plus grande de son économie et de sa finance, y compris du marché du crédit, du fait de l'absence de démocratie. Des décisions plus brutales peuvent être prises ce qui devrait ainsi éviter un effondrement total du système. Les nouveaux responsables chinois ont d'ailleurs conscience du problème du crédit en Chine et s'efforcent de le réguler. Des solutions nouvelles devront cependant être trouvées car selon les chiffres du rapport Chancellor/Monnelly, la situation empire.