DRAGHI BCELe renforcement continu de la monnaie unique européenne a provoqué un certain émoi parmi les responsables européens. Mardi, le président français, François Hollande, avait appelé à la mise en place de mesures pour limiter l'appréciation de l'euro et hier, le ministre des Finances grec, Yannis Stournaras, a fait écho à ces préoccupations. Toutefois, l'euro a perdu un peu de son momentum cette semaine après avoir touché 1.37 lors de la séance de vendredi dernier. Il n'est pas encore certain que nous soyons face à un renversement de tendance. En tout cas, nous sommes certainement encore très loin de l'adoption de mesures pour faire fléchir la devise européenne. La BCE n'a aucune intention d'agir dans ce sens dans l'immédiat mais les cambistes ne manqueront toutefois pas de suivre de près aujourd'hui la conférence de presse de Mario Draghi.

La politique monétaire est clairement en haut de l'agenda aujourd'hui, notamment pour le Royaume-Uni. Comme chaque mois, la Banque d'Angleterre (BoE) a sa réunion habituelle mais, plus important, le gouverneur canadien Mark Carney, qui va devenir le futur chef de la politique monétaire britannique, doit s'exprimer devant le parlement à Londres. Hier, le chancelier de l'Echiquier, George Osborne, a exprimé ses frustrations sur le manque d'empressement de Mervyn King, actuel dirigeant de la BoE, à mettre en place de nouvelles mesures expansionnistes, ce qui a significativement pesé sur la livre sterling face au dollar. Avec l'arrivée de Mark Carney, la politique monétaire britannique pourrait connaître une accélération, avec la mise en place de mesures plus agressives. Certains analystes s'attendent aussi que la banque centrale remplace son objectif d'inflation par un objectif de PIB nominal, comme l'a laissé entendre Mark Carney, ce qui montrerait alors l'importance du retour à la croissance pour le Royaume-Uni.

Entre la BCE et la BoE aujourd'hui, les cambistes auront fort à faire. Bien qu'aucun changement au niveau des taux directeurs n'est attendu, ces deux évènements vont accroître la volatilité sur les devises. Il est probable que Mario Draghi s'exprime sur la force de l'euro en affirmant que la banque centrale a les moyens d'agir. Il devrait cependant plutôt opter pour une intervention verbale que pour une intervention directe sur le marché afin de ne pas engager la zone euro dans une guerre des devises. Mario Draghi va aussi probablement se féliciter de la normalisation du secteur bancaire avec le remboursement par plusieurs banques des prêts accordés dans le cadre des opérations de refinancement à long terme. De son côté, la BoE ne va pas agir, du moins pas avant que Mark Carney ne prenne officiellement ses fonctions en juillet. C'est à ce moment là que la politique monétaire britannique pourrait connaître de profonds changements. Un sommet européen est aussi prévu à l'agenda afin de boucler le budget pour 2014-2020. Le risque d'échec est élevé.

Au niveau des fluctuations des paires de devises, on constate que les cambistes ont de fortes attentes par rapport à l'intervention de Mario Draghi mais ces attentes pourraient être vite déçues. On doute fortement que le chef de la BCE ait décidé aujourd'hui d'influer directement sur le taux de change de l'euro afin de le faire baisser. La paire EUR/GBP sera intéressante à surveiller mais il reste difficile de se positionner avec certitude. Tout dépend des propos tenus par Mario Draghi. Une approche très agressive de Mark Carney lors de son audition à Londres pourrait en revanche permettre une appréciation de la livre sterling aujourd'hui.