Mark Carney_forex_BoEMark Carney a commencé sa carrière en travaillant treize ans pour Goldman Sachs tout comme d'autres banquiers centraux, à l'instar de l'Italien Mario Draghi. Il y grimpe rapidement les échelons en s'impliquant notamment dans l'économie post-apartheid de l'Afrique du Sud ainsi que dans les opérations financières liées à la crise russe. En 2003, fort son passé glorieux au sein de la banque d'affaires et du réseau qu'il s'est constitué, il est nommé sous-gouverneur de la Banque du Canada, puis, sous-ministre délégué principal des Finances et enfin gouverneur de la Banque du Canada.

Lors de son mandat, Carney et son équipe ont relancé l'économie sans injecter de nouvelles liquidités et ont maintenu le taux de base à 1%. La Banque centrale du Canada a été la première à durcir sa politique après la crise financière et aujourd'hui la première et la seule à évoquer la possibilité de relever ses taux d'intérêt. De nombreux observateurs considèrent que si le Canada n'a pas connu les nombreux aléas économiques et financiers de son grand voisin du Sud, c'est en grande partie grâce à Mark Carney. L'Angleterre espère donc beaucoup de ce nouveau gouverneur, qui prendra officiellement ses fonctions le 1er juillet, pour améliorer sa situation économique actuelle qui est peu reluisante.

Mark Carney va faire face rapidement à trois défis principaux pour relever le Royaume-Uni:

Réanimer l'économie - L'Angleterre est en passe de réussir l'exploit selon les économistes de connaître une récession en triple-creux. Bien que les récentes données de la production industrielle aient été meilleures que prévu, les autres indicateurs sont encore largement dans le rouge. Alors qu'on espérait qu'il remplace l'objectif d'inflation de la banque centrale anglaise par un objectif de PIB nominal, ce qui aurait l'avantage de mieux prendre en considération la croissance, Mark Carney semble finalement s'orienter vers une politique monétaire plus traditionnelle. En d'autres termes, il s'agirait de maintenir l'objectif historique d'inflation et d'adapter au cas par cas la politique monétaire en fonction des statistiques. Dans la droite ligne de Mervyn King, l'actuel gouverneur.

Gérer l'héritage de l'assouplissement quantitatif - Mark Carney s'est là aussi montré prudent et critique face à la méthode du "quantitative easing" qui permet l'injection de liquidités afin de pouvoir financer le déficit. Il a expliqué qu'il "ne pouvait pas envisager de circonstances dans lesquelles il soutiendrait cette stratégie". Pour lui, la création monétaire devient de moins en moins efficace, il a donc demandé une évaluation du coup de cette méthode, afin d'apprécier sa réelle utilité. Il semble qu'il souhaite rapidement sortir des mesures d'assouplissement quantitatif qui ont des effets pervers importants sur les marchés financiers et qui n'ont pas vraiment prouvé leur utilité dans le cas de l'économie britannique.

Améliorer la gouvernance de la Banque d'Angleterre - L'institut d'émission britannique a fortement été critiqué ces dernières années, aussi bien dans la gestion de la crise économique et financière que dans la crise du Libor. Pour éviter des crises similaires, les fonctions de la Banque d'Angleterre ont été élargies. Elle va notamment jouer le rôle de gendarme des marchés financiers à la place de la FSA (Financial Services Authority). Ce sera le nouveau gouverneur qui devra mettre en oeuvre ces nouvelles attributions. A ce propos, Mark Carney garde la tête sur les épaules et a déclaré qu'il ne "pouvait pas être un empereur" et qu'il déléguerait. Il possède une approche "consensuelle" de la prise de décision et est ainsi prêt à être contredit par son comité, "même s'il préférerait être le plus souvent dans le camp qui gagne". C'est une approche managériale qui pourrait être bénéfique à la banque centrale.

Celui que George Osborne considère comme "tout simplement le meilleur au monde" des banquiers centraux, a donné l'image d'un gouverneur moins révolutionnaire que ne l'espéraient certains lors de son audition jeudi dernier devant le Parlement britannique. Son aura demeure toutefois intacte auprès des politiques et des cambistes. Elle risque toutefois de pâlir car il ne sera pas facile à ce fin expert des marchés financiers de sortir le Royaume-Uni de la crise dans laquelle il se trouve.