pice en_eurosLors de son témoignage devant le Congrès la semaine dernière à Washington, le chef de la politique monétaire américaine, Ben Bernanke, a minimisé les débats actuels au sein du FOMC sur une possible sortie des mesures d'assouplissement avant la fin de l'année. Cette semaine, la vice-présidente de la FED, Janet Yellen, qui est pressentie pour prendre le relais de Ben Bernanke à la fin de son mandat en janvier 2014, est allée encore plus loin en réaffirmant l'engagement de la banque centrale à maintenir sa politique monétaire en l'état pendant encore un certain temps.

Les marchés financiers ont compris le message puisque les indices ont atteint des plus hauts cette semaine avec le Nikkei qui a atteint les 12.000 points, le Nasdaq qui a grimpé à un plus haut depuis le 9 novembre 2000, juste avant l'éclatement de la bulle internet et le Dow Jones a même atteint hier un nouveau record historique!

La décennie en cours sera celle de l'argent facile ou ne sera pas!

Avec l'éclatement de la crise des subprimes, et ses nombreux corolaires, les banques centrales ont été contraintes d'assouplir au maximum leur politique monétaire. On croyait la sortie de crise en vue en 2010 avant que la crise de la dette souveraine et la crise économique ne viennent perturber le retour à la croissance. Depuis, les banques centrales étudient toutes les pistes possibles pour enfin rassurer les marchés et cela passe inévitablement par l'injection massive et continue de liquidités sur les marchés quitte à habituer le système financier à ce que les banquiers centraux jouent le rôle de pompier de service à tout moment.

L'arrivée probable de Janet Yellen dans le fauteuil de Ben Bernanke pourrait dès l'an prochain faire passer aux Etats-Unis un nouveau cap dans l'assouplissement quantitatif si le marché de l'emploi ne s'est pas rétabli depuis.

Mais les Etats-Unis ne sont pas les seuls à user et abuser des outils à leur disposition. Le keynésien Mark Carney, qui va remplacer comme gouverneur de la Banque d'Angleterre (BoE) Mervyn King en juillet prochain, pourrait aussi accentuer le recours à la planche à billets. Il ne fait pas encore partie du comité de politique monétaire britannique mais, des voix s'élèvent déjà afin d'accroire le programme de rachats d'actifs comme l'a révélé le compte-rendu publié en février dernier. Paul Tucker, membre actuel de la BoE, avance ainsi l'idée de mettre en place des taux d'intérêt négatifs, ce qui serait une première pour le Royaume-Uni!

Après une décennie de stagnation économique, et un taux directeur quasiment à zéro, le Japon n'est même plus à s'interroger sur l'opportunité d'avoir des taux négatifs. Avec l'arrivée du nouveau gouvernement japonais en décembre, qui a dressé comme objectif principal la sortie de la déflation, le pays chemine vers un de nouvelles mesures expansionnistes. Pour ainsi, le Japon risque d'être le laboratoire de la politique monétaire à venir car l'archipel va pousser certainement à ses limites l'assouplissement quantitatif. Nul n'est d'ailleurs en mesure de savoir à l'heure actuelle ce que la banque centrale, qui va être dirigé par le gouverneur Haruhiko Kuroda, va pouvoir mettre en oeuvre afin d'atteindre l'objectif d'inflation à 2% alors que la dette nationale est à plus de 200% du PIB. Un défi incommensurable mais on pourrait dès la réunion d'avril de la banque centrale déjà avoir une idée plus précise de ce que les banquiers centraux sont en mesure d'inventer de nouveau.

Enfin, bien que la BCE n'ose pas officiellement s'aventurer dans les assouplissements quantitatifs à tout-va comme la BoE, la FED ou la Banque du Japon, l'institution de Francfort n'est pas en reste. Les taux sont à un plus bas historique, la banque centrale prête à des taux extrêmement avantageux aux banques commerciales et elle a même lancé sous Mario Draghi son fameux programme OMT en direction du marché obligataire, bravant ainsi l'opposition des Allemands.

Pour ainsi dire, la décennie en cours sera celle de l'argent facile. Tout cela pour restaurer la confiance des investisseurs et remettre en marche la machine économique…au risque de créer de l'inflation et surtout de doper les marchés à la planche à billets. Le questionnement actuel des banquiers centraux a trait aux nouvelles mesures qu'ils vont bien pouvoir mettre en oeuvre pour relancer la croissance mais, plus rapidement qu'on ne le croit, la question de la sortie des mesures prises va se poser. Plus un pays aura eu recours aux mesures expansionnistes, plus il sera difficile d'habituer de nouveau les marchés financiers à une politique monétaire plus restrictive et plus traditionnelle. Ce qui pourrait engendrer une nouvelle crise...