Mario-DraghiLors de sa conférence de presse jeudi, Mario Draghi a fait part d'une "légère inquiétude" pour la zone euro. Francfort a, en effet, révisé à la baisse ses prévisions de croissance avec une contraction de l'activité cette année à 0.5% contre 0.3% prévu jusqu'ici, et une hausse du PIB de seulement 1% l'an prochain contre 1.2% initialement.

Dans le même, la BCE a confirmé sa prévision d'inflation pour 2013 à 1.6% mais l'a baissé de 0.1 point de pourcentage pour 2014 à 1.3%.

L'institution dirigée par Mario Draghi est sous pression. Certains responsables politiques, comme le ministre du redressement productif, Arnaud Montebourg, pointent du doigt l'action de la banque centrale qui est jugée insuffisante alors que le taux de chômage dans la région atteint le record de 11.9% et devrait atteindre jusqu'à 12.2% cette année selon les prévisions. Certains pays font même face à une situation presque ingérable, comme l'Espagne où plus de la moitié d'une classe d'âge, les 18-25 ans, est au chômage.

L'économie de la zone euro est en train de s'effondrer et, logiquement, les ménages dépensent moins ce qui réduit les pressions inflationnistes.

De fait, de plus en plus de voix s'élèvent pour que la banque centrale, disposant d'une marge de manoeuvre importante au regard de l'inflation, agisse en baissant les taux d'intérêt.

Cependant, deux problèmes majeurs se posent alors.

Le mandat de la BCE, on peut le regretter, a seulement pour objectif de gérer l'inflation afin qu'elle ne dépasse pas les 2% et d'assurer la stabilité financière. Sur ces deux points, la banque centrale a manifestement rempli son rôle puisque la hausse des prix a atteint seulement 1.8% en février et le système financier semble en voie de redressement grâce aux opérations de refinancement à long terme dont bénéficient les banques commerciales. Le mandat de la BCE ne pose en aucune façon la gestion du chômage, comme c'est par exemple le cas aux Etats-Unis. Il ne fait cependant aucun doute que Mario Draghi regarde de près l'évolution ascendante de la courbe du chômage dans l'Union monétaire.

On pourrait donc envisager une baisse des taux mais c'est oublier que la zone euro fait également face à la possibilité d'une déflation. Avec une inflation qui devrait atteindre 1.6% cette année, le spectre de la déflation est bien présent dans tous les esprits, c'est pourquoi la BCE refuse pour le moment de baisser ses taux à un nouveau plus bas historique. Surtout, on peut douter qu'une baisse des taux puisse relancer la machine économique du Vieux-Continent. Comme l'a rappelé Mario Draghi à maintes reprises, la BCE ne peut pas se substituer à l'action des gouvernements qui doivent réformer pour améliorer la situation du marché du travail.

De plus, une baisse des taux pourrait ne pas être particulièrement efficace. En effet, malgré la politique monétaire très accommodante de la BCE, la fragmentation financière demeure. Les entreprises espagnoles ou italiennes ont toujours plus de difficulté à emprunter que les entreprises allemandes et un nouvel assouplissement ne devrait en rien changer la donne.

Les politiques européens attend beaucoup trop de Francfort. Sans réforme du marché du travail et mesures pour améliorer la compétitivité, via notamment une spécialisation vers des secteurs porteurs, comme les nouvelles technologiques, et une meilleure ouverture des PME au commerce internationale, la zone euro ne parviendra pas à sortir du cycle de croissance molle dans lequel elle est entrée. La BCE a déjà fait son maximum sous le mandat de Mario Draghi pour faciliter la tâche des gouvernements. C'est maintenant au tour des législateurs de prendre le relais.