caracasLe décès du Comandante Hugo Chavez a permis d'éclipser pour un temps la dévaluation de près d'un tiers du bolívar vénézuélien qui a eu lieu dans le courant du mois de février. Cependant, avec la campagne électorale en cours, dont le premier tour est programmé le 14 avril, les conséquences de la dévaluation sur l'économie réelle et le salaire des travailleurs a fait de nouveau son apparition dans les débats.

Plusieurs syndicats, notamment CVG (Corporación Venezolana de Guayana), ont interpelé au cours de la semaine dernière les deux candidats officiels, le gouverneur de l'Etat de Miranda, et chef de file de l'opposition, Henrique Capriles, et le président par intérim, Nicolas Maduro, afin d'obtenir une revalorisation des salaires et la mise en place d'un nouveau mécanisme d'aide aux entreprises pour qu'elles puissent acheter des dollars afin de financer les importations.

Courant février, le gouvernement a en effet annoncé une dévaluation d'un tiers de la monnaie nationale, qui n'a pas surpris les observateurs extérieurs, mais qui a manifestement pris de court les vénézuéliens dans leur grande majorité. Le président Chavez, lors de la campagne électorale d'octobre 2012, avait affirmé qu'il n'y aurait pas de nouvelle dévaluation. C'était sans compter les dépenses populistes mises en oeuvre par l'exécutif pendant la campagne et qui ont pesé lourdement sur le déficit.

Par ailleurs, en même temps que la dévaluation, le gouvernement a aussi annoncé la suppression d'un mécanisme permettant aux entreprises de se procurer des dollars américains afin de financer les importations (le Sitme).

Depuis, les entreprises vénézuéliennes n'ont pas accès aux liquidités suffisantes pour financer l'achat de biens nécessaires pour le fonctionnement de l'économie, ce qui explique ainsi en grande partie les pénuries des derniers mois dans les supermarchés.

Le gouvernement a déjà annoncé la mise en place après l'élection d'un mécanisme alternatif dont les contours n'ont pas été bien précisés mais il devrait vraisemblablement ne pas offrir un accès illimité aux dollars, et pourrait donc engendrer peu ou proue les mêmes désagréments que le Sitme (lenteur du processus, impossibilité d'avoir accès à assez de dollars etc…).

Les syndicats du pays ont appelé, en raison de la dévaluation du bolívar et de l'inflation qui pointe autour de 20% dans le pays, à une revalorisation salariale de près de 60%. C'est évidemment inimaginable, le pays ne disposant pas des moyens financiers nécessaires pour répondre à une telle demande. Les deux candidats officiels ne se sont pas encore prononcés officiellement sur cette revendication. Nicolas Maduro a simplement souligné la nécessité de la dévaluation tandis que Henrique Capriles s'est, depuis février, opposé énergiquement à cette décision qui ne fait qu'appauvrir la population et éviter de renouer avec une politique monétaire, économique et budgétaire responsable.

Loin d'être une campagne marquée par un véritable débat d'idées entre les deux camps, la présidentielle en cours joue plutôt sur le sentimentalisme et l'instrumentalisation du corps du défunt président afin de reconduire l'équipe en place. On peut craindre que les vrais problèmes, comme les conséquences néfastes de la dévaluation, ne soient jamais vraiment abordés en détail par Nicolas Maduro.