Bank of_JapanOn parle de plus en plus de politique monétaire ultra-accommodante pour sortir les pays développés de l'ornière. Parmi les pistes évoquées, des rachats d'actifs, des injections à coup de milliards d'euros dans le système financier, des taux zéro et même des taux négatifs.

Entre taux d'intérêt réel et taux d'intérêt nominal

Tout économiste en herbe vous dira qu'il sait de quoi on parle lorsqu'on évoque les taux d'intérêt négatifs. Il s'agit du taux d'intérêt réel, c'est-à-dire le taux d'intérêt nominal corrigé du taux d'inflation. Ainsi, si en zone euro le taux d'intérêt nominal à court terme est à 2% et que l'inflation anticipée est à 3%, on obtient un taux d'intérêt réel négatif.

Effectivement, le raisonnement est valable mais il ne s'agit pas de ce dont on parle en ce moment lorsqu'on se réfère à des taux d'intérêt négatifs. Il est en réalité question de taux d'intérêt nominal négatif.

Traditionnellement, la théorie économique critique un taux d'intérêt nominal négatif car cela risque d'inciter les détenteurs de l'argent à conserver leurs avoirs sous forme de billets de banque, empêchant ainsi la circulation de l'argent. Cependant, certains économistes, comme l'Américain Miles Kimball, ont montré que c'est le phénomène contraire qui a lieu. Les taux négatifs engendrent une réticence de la part des acteurs économiques à détenir l'argent ce qui stimule l'activité et la croissance.

L'histoire des taux négatifs: le précédent suisse

Dans l'histoire monétaire contemporaine, le premier exemple de taux d'intérêt nominal négatif remonte à la fin des années 70 lorsque la Banque Nationale Suisse est intervenue sur le marché des changes pour limiter l'appréciation du franc suisse, entraînant les taux au jour le jour sur le marché monétaire en territoire négatif pour plusieurs jours. Cependant, les taux négatifs n'ont été mis en vigueur que sur une durée de temps limitée ce qui empêche vraiment de faire un bilan objectif de cette expérience.

Les taux d'intérêt négatifs: la stratégie des banques centrales depuis 2008

Depuis la crise des subprimes, et alors que les banques centrales ont cherché par tous les moyens à relancer l'économie, et notamment le crédit, de plus en plus de responsables de la politique monétaire ont laissé la porte ouverte à la mise en place de taux d'intérêt négatif.

L'une des principales banques centrales à avoir franchi le pas fut le banque centrale suédoise qui a décidé d'imposer sur ses dépôts un taux négatif en 2009 de -0.25% pendant un an afin de contraindre les banques à prêter aux entreprises et aux particuliers, avec pour objectif principal d'éviter une "trappe à liquidité", c'est-à-dire une situation dans laquelle une banque centrale n'arrive plus à stimuler le crédit et à relancer l'économie. C'est ainsi le cas du Japon depuis plus de deux décennies.

L'expérience suédoise fut en tout cas couronnée de succès car le taux de croissance est passé de -5% en 2009 à 6.6% en 2010 et à 3.9% en 2011.

Sans franchir encore le pas, d'autres banques centrales, comme la Banque d'Angleterre sous la férule du gouverneur King, ou encore la Banque Nationale Suisse, épaulée par le FMI, envisagent également de faire passer temporairement les taux en territoire négatif pour booster l'économie.

Les conséquences d'un taux d'intérêt négatif

Toutefois, une grande prudence est toujours nécessaire avant de mettre en oeuvre de tels taux, c'est pourquoi peu de banques centrales décident finalement d'adopter une telle approche. En effet, les économistes ont parfaitement connaissance des risques connus inhérents à une telle politique monétaire (avec notamment un accroissement possible de la spéculation ou encore des dysfonctionnements du marché monétaire) mais, surtout, ils sont particulièrement vigilants vis à vis des conséquences incertaines des taux négatifs. Il s'agit de ces fameux "black swan", ces évènements imprévus aux conséquences potentiellement catastrophiques qui pourraient résulter de la mise en place de taux d'intérêt nominal négatif sur une longue période.