BCE sige_socialIl est tout d’abord important de rappeler que la BCE a été construite en accord avec des principes d’orthodoxie budgétaire venant principalement d’Allemagne. Ainsi son seul et unique objectif de politique monétaire est la lutte contre l’inflation (maintenir le taux d’inflation inférieur mais proche à 2% par an). La crainte inflationniste de l’Allemagne est bien plus importante que la notre à cause de son passé, lors des années 20 et la république de Weimar notamment. L’hyperinflation y est gravée dans les mémoires.

Ainsi, la BCE se voit en théorie interdire toute politique ayant des tendances inflationnistes telles que le financement des Etats ou la position de prêteur en dernier ressort.

Le plan OMT: Outright Monetary Transactions aussi appelé Opération Monétaire sur Titres prévoit de pouvoir apporter une aide conditionnelle aux pays qui en font la demande et permet d’effectuer des rachats de dettes sur le marché secondaire par la BCE. Cette aide est conditionnée comme celle de la Troïka (FMI, BCE, Commission Européenne) à une demande d’aide au Mécanisme Européen de Stabilité Financière (MESF) ainsi qu’à des mesures drastiques de rétablissement budgétaire imposées au pays. De plus, cette aide est aussi soumise à l’acceptation de la BCE. Ces conditionnalités ont été mises en place pour éviter aux pays de profiter de ce dispositif sans apporter les mesures nécessaires à la correction de la situation économique et budgétaire.

Les craintes de l’Allemagne sont maintenant relativement simples à identifier:

Peur d’un retour de l’inflation: En effet, l’achat de ces titres, même sur le marché secondaire, oblige la BCE a créer de la monnaie qu’elle va injecter sur le marché en contrepartie des titres. Ainsi, il existe un risque inflationniste en accord avec la théorie monétaire classique (plus précisément les monétaristes). Toutefois, cela fait plusieurs années que la BCE injecte de la monnaie sur les marchés sans en stériliser la totalité et cela ne créé pas d’inflation pour le moment.

Financement des Etats: Le financement direct des Etats est totalement interdit pour la BCE c’est pourquoi elle ne peut en aucun pas intervenir sur le marché primaire des émissions de dette. Les parlementaires allemands et principalement le directeur de la banque centrale allemande Jens Weidmann accusent la BCE de participer au financement des Etats de manière déguisée. Cela aurait pour conséquence de ne plus inciter les Etats à prendre les mesures nécessaires au redressement des finances du pays et de préférer demander l’aide de la BCE pour des raisons politiques. Cet argument n’est pas vraiment tenable étant donné que l’aide est conditionnelle et que les mesures imposées en contrepartie des prêts par la Troïka sont réputées extrêmement sévères et drastiques.

Perte d’indépendance de la BCE face aux gouvernements: Selon ces mêmes parlementaires un tel comportement de la BCE la rendrait dépendante des politiques des pays aidés. En effet, les marchés anticiperaient que la BCE interviendrait en cas de difficultés d’un pays, ce qui par le biais de pressions, aurait un effet auto réalisateur, comme une sorte de "too big to fail". Toutefois, il faut rappeler que ce système est conditionnel et que le pays doit faire la demande d’aide auprès du MESF avant que la BCE ne juge de l'opportunité d'une intervention. Ainsi les marchés ne devraient pas former d’anticipations erronées quant à la possibilité d’aide de la BCE, cette dernière ayant le choix d’aider ou non un Etat qui en ferait la demande.

Enfin cette mesure augmentera le risque pesant sur les citoyens européens: En effet si la BCE achète ces titres, elle en portera par la même occasion les risques, ce qui revient en fait à faire supporter ces risques aux contribuables de la zone euro. Ce plan étant mis en place pour éviter le risque de faillite des Etats, la BCE ne considère donc pas que ces risques soient importants, bien qu’effectivement dans l’absolu les risques soient reportés sur la BCE.

Finalement on comprend facilement les craintes des Allemands face à cette nouvelle mesure qui ne concorde pas avec l’orthodoxie budgétaire initiale de la BCE. Toutefois, la construction de ce plan a été mûrement réfléchie et montre que chaque aspect a été étudié afin de minimiser les risques, que ce soit inflationniste ou de défaut de paiement. Dans le même temps, la BCE respecte son objectif de maitrîse de la croissance monétaire même s’il faudra prêter attention à bien stériliser le maximum de liquidités par le biais des dépôts à la BCE afin de contrer les éventuels effets des achats de titres.