franois hollande_sommet_europenLes perspectives pour la zone euro, spécialement pour la France, ne sont guère réjouissantes pour cette année. Cependant, il ne fait nul doute que la phase de contraction de l'activité n'est que transitoire. La croissance sera de retour, dans le pire des cas, sous l'effet de la relance mondiale, essentiellement dans les pays émergents et aux Etats-Unis. Il est donc temps de se préparer à cette nouvelle étape de l'histoire économique contemporaine.

Bien que ce ne soit pas la première préoccupation des responsables de la politique monétaire, ces derniers envisagent déjà les moyens les plus à même de permettre d'être prêt lorsque la croissance sera de retour.

Il faudra notamment être en mesure de répondre aux demandes de crédit de la part des entreprises qui en auront besoin pour investir et faire face à une hausse de la consommation. La crise actuelle s'est logiquement traduite par un tarissement du crédit, ce qui est un phénomène économique normal en période de baisse voire de contraction de l'activité. Cependant, contrairement à ce qui a pu être lu ici ou là, en France, comme en témoignent les nombreuses enquêtes de la Banque de France, ce tarissement du crédit est surtout la conséquence directe d'une baisse de la demande de la part des agents économiques plutôt que d'un manque de volonté des établissements bancaires. Ainsi, le processus de désendettement des banques et de renforcement des fonds propres, dans le cadre de la réglementation de Bâle III, n'a pas eu d'incidence majeure sur l'accès au crédit.

Toutefois, la Banque de France a conscience qu'il faudra être prêt à réagir rapidement dès que la croissance sera de retour, au risque sinon de brider le mouvement en marche. Les établissements financiers se préparent à cette échéance mais afin de parer à d'éventuels soucis de dernière minute, la banque centrale plaide de plus en plus au recours à la titrisation.

Cette technique financière honnie, car considérée comme responsable de la crise économique et financière, consiste à permettre à une banque de transformer en actifs négociables des actifs illiquides, c'est-à-dire difficilement vendables. C'est à partir de la fin des années 80 que le phénomène a été importé en France, à l'origine pour faciliter le développement du crédit, mais depuis cette technique est appliquée à de nombreux autres domaines, comme par exemple les créances commerciales.

Bien utilisée, autrement dit en sachant la valeur réelle des actifs transformés, la titrisation a deux avantages principaux: c'est offrir d'abord l'accès à une nouvelle source de financement et également transférer le risque à l'investisseur. Ce dernier point est en partie à l'origine des dérives de la crise des subprimes, c'est pourquoi dans le cadre de Bâle III, afin de responsabiliser les établissements bancaires il est obligatoire qu'ils conservent au moins 5% des risques lorsqu'ils revendent des portefeuilles de titres de créances.

La titrisation post-crise des subprimes sera, à en croire Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France, une piste à explorer notamment à destination des PME qui sont, on le sait, le moteur économique de la France. En ayant recours aux produits titrisés, les PME pourront avoir un apport de cash supplémentaire qui sera vital au moment de la reprise pour se développer et pourront aussi s'émanciper en partie du crédit bancaire.

Afin de paver la voie à cette réhabilitation de la titrisation, l'Eurosystème a mis en place un label pour rassurer les investisseurs et un site internet a été ouvert afin d'enregistrer les opérations de titrisation que l'UE juge transparente. Pour l'instant, il n'est pas encore question de recours officiel des PME à la titrisation mais cette technique pourrait être profitable à terme à l'économie française, surtout si elle s'applique aux PME rapidement, afin d'être en mesure d'y avoir recours lorsque la reprise sera arrivée.