DSK MarocPoursuivant son périple de conférencier de luxe, l'ancien directeur du FMI, Dominique Strauss-Kahn était il y a quelques jours invité à l'Université privée de Marrakech pour donner une conférence sur le thème de la crise de l'euro.

Ce n'est pas la première fois que l'ancien champion de la gauche française vient distiller ses conseils dans cette université, taclant au passage certains de ses anciens collègues.

Son intervention s'est concentrée sur l'analyse des erreurs commises par l'Union Européenne dans la gestion de la crise.

Il a ainsi repris le déroulement des faits, s'arrêtant longuement sur le cas de la Grèce. Lorsqu'il était directeur du FMI il avait en effet milité très tôt pour un effacement d'une partie de la dette du pays, une solution qui ne fut pas privilégiée par les Européens qui ont préféré prêter de l'argent à Athènes. "C'était une fuite en avant. Cela ne fait qu'augmenter sa dette", a-t-il estimé en jugeant que l'attitude de l'UE dans le cas chypriote est tout aussi dangereuse. Il craint que la crise chypriote ne rebondisse à l'avenir car les mesures annoncées ne vont au final qu'entraîner le pays dans une profonde récession qui aura pour effet de limiter les rentrées d'argent et donc de mettre en péril le plan de réduction du déficit de la Troïka. Le même scénario qu'en Grèce a ainsi de fortes chances de se reproduire.

Une crise de compétitivité

Il a également voulu revenir sur les causes profondes de la crise, à savoir qu'il ne s'agit pas d'une crise de l'euro mais bien plus d'une crise de compétitivité de la zone euro dans un nouvel environnement globalisé qui fait la part belle aux pays émergents. "L’Europe manque de compétitivité avec une pensée économique assez limitée qui ne s’adapte pas aux changements de l’économie mondiale et qui a même tué le goût du risque" a-t-il déclaré, se permettant au passage une petite pique contre la taxe à 75% rétorquée par le Conseil constitutionnel en France qui est considéré par les milieux libéraux comme peu favorable à l'esprit d'entreprise.

"Il faut parfois des interventions chirurgicales"

Pour Dominique Strauss-Kahn, la sortie de crise ne pourra passer que par des solutions originales, des décisions de grandes ampleurs et des réformes structurelles: "Les maux ne se guérissent pas toujours avec de l’aspirine, il faut parfois des interventions chirurgicales" a-t-il confessé. Il a notamment appelé à une évolution du mode de gouvernance de la zone euro et également à une amélioration de la compétitivité et du contexte fiscal pour favoriser le goût du risque, essentiel pour avoir une économie dynamique et innovante.

Il a conclu son intervention en rappelant son souhait de former un bloc européen-méditérranéen afin de se positionner face aux nouveaux pôles de puissance que seront dans les prochaines années pleinement le continent américain, autour des Etats-Unis et du Brésil, et le continent asiatique, autour de la Chine. Seule, l'Europe ne sera selon lui pas en mesure d'affronter les défis des décennies futures, c'est pourquoi elle doit regarder du côté du Maghreb pour se renforcer. Une position qui tranche avec l'évolution politique de l'UE qui a enterré le projet d'Union pour la Méditerranée.