impact conomique_des_manifestations_en_TurquieLe bras de fer se poursuit toujours. Depuis le 31 mai dernier, le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan est confronté à un mouvement de colère contre son style de gouvernance dans de nombreuses villes du pays.

Le projet initial au cœur de la polémique prévoie l’édification d’un édifice religieux et d’un centre commercial sur la place Taksim à Istanbul. Ce projet est refusé par la partie occidentalisée de la population et par la communauté des Alévis. 
Tous les Turcs laïcs voient dans ce projet la destruction de l’esprit de la république Turque, et la construction d’une mosquée est perçue comme un sacrilège.

L’islamisation de la Turquie devient une marche lente mais constante. Boire une bière en public est même devenu une façon de défier le gouvernement. Une loi a été adoptée fin mai interdisant la vente d’alcool entre 22h et 6h, vécue comme une attaque contre la laïcité par une partie de la population. 
Les atteintes à la liberté d’expression sont parmi les signes les plus flagrants de l’islamisation en cours qui recueille un soutien dans les milieux populaires, où la religion islamique reste souvent un idéal à atteindre.

Le Premier ministre turc a lancé dimanche 9 juin la contre-offensive face aux manifestants qui réclament sa démission depuis dix jours. Le chef du gouvernement a dénoncé un complot "organisé à l’intérieur et à l’extérieur" du pays. A Ankara, la police est intervenue dimanche soir afin de disperser les manifestants à coups de canons à eau et de gaz lacrymogènes.

Le Premier ministre appelle ses électeurs à donner une leçon aux manifestants lors des élections municipales qui auront lieu dans 7 mois.

Ces évènements, dont l'impact économique est encore difficile à estimer, notamment en termes d'investissements directs à l'étranger (IDE) entrants, ont déjà eu des répercussions sur les marchés financiers, notamment la Bourse d'Istanbul et la devise turque, qui souffrent déjà depuis le début de l'année d'un repli généralisé des marchés émergents.

L’ISE NATIONAL 100 (indice de base de la Bourse d’Istanbul):

La forte baisse récente du principal indice de la Bourse d’Istanbul est le reflet de l’inquiétude des investisseurs face au mouvement de contestation contre le gouvernement. L’indice ISE est descendu jusqu’a 75.933 points soit une baisse de 21.79% depuis mi-mai. Après une forte baisse dans les premiers jours des manifestations, l'indice a réussi à reprendre du terrain mais la frilosité demeure et est perceptible notamment en termes de volumes échangés, en baisse depuis plusieurs jours.

La lire turque:

La devise turque s’est fortement affaiblie depuis le début des manifestations, elle a perdu 5.64% depuis début mai face au dollar. Elle est actuellement à 1.898. Les spécialistes de Turkish Bank s’attendent à ce qu’elle s’affaiblisse jusqu’à 1.92 dollar à court terme si le climat politique demeure aussi délétère.

Le marché obligataire turc:

Bien qu'une baisse de la note souveraine de la Turquie ne soit pas d'actualité, les investisseurs sont frileux et le font savoir. Le rendement de l’obligation à deux ans du pays a grimpé de 70 points de base pour atteindre un plus haut à 6.78% qui n’a pas été atteint depuis 2005. En parallèle, le coût de l'assurance contre le risque de défaut sur la dette souveraine à cinq ans est passé de 20 points de base à 172 le 6 juin. Il était à 283 points de base il y a un an.