politique montaire_taux_longsLes facteurs déterminant les taux à long terme

Un taux d’intérêt nominal de long terme se décompose en un taux d’intérêt réel moyen, assurant l’équilibre entre l’offre et la demande de titres, une estimation de l’inflation moyenne anticipée sur la durée correspondant à la maturité du titre, et une prime de risque liée à la préférence des agents pour la liquidité, à leur incertitude sur les anticipations d’inflation et au risque de dépréciation de la monnaie.

Les taux longs sont fonction du marché des capitaux. Si la demande de fonds prêtables excède l’offre, le taux d’intérêt à long terme va augmenter. Les taux nominaux à long terme reflètent les anticipations inflationnistes dans chaque économie, qui elles-mêmes traduisent la crédibilité des politiques monétaires nationales.

Les politiques budgétaires nationales jouent un rôle majeur dans la fixation des taux d’intérêt à long terme. Quand les déficits budgétaires et/ou le niveau total de la dette publique sont importants, la nécessité d’emprunter pour assurer les dépenses courantes et refinancer une dette arrivée à échéance tire le taux vers le haut.

Le prix des taux longs tient compte de différents facteurs: les évolutions macro-économiques anticipées par les épargnants et les emprunteurs entre aujourd’hui et la date de remboursement de l’emprunt, les incertitudes sur ces anticipations, et les évolutions structurelles affectant la demande et l’offre sur le marché des titres.

Toute surprise qui viendrait modifier l’équilibre décrit précédemment est susceptible d’affecter le taux d’intérêt de long terme via un ajustement des anticipations des agents. Pour se prémunir contre ce risque potentiel, les épargnants exigeraient un rendement plus élevé que celui résultant des simples arbitrages sur la pente des taux.

Cette prime serait par exemple influencée par un renforcement de la perception du risque de dépréciation d’une monnaie, qui devrait conduire à un redressement des taux longs dans cette devise: les investisseurs internationaux exigent une prime de risque supérieure pour ces placements. De même, le degré d’iincertitude sur les prévisions d’inflation, de croissance ou de politique monétaire de la banque centrale devraient affecter directement les taux longs via la prime de risque.

L’exemple de la FED et son influence sur les taux longs

L'exemple de la FED est assez édifiant. La banque centrale, via sa politique monetaire, a pour but d’assurer la stabilité des taux longs. Au cours des dernières années, les taux longs américains ont fortemebt baissé, du fait de ses mesures conventionnelles et non conventionnelles.

En réduisant fortement son taux directeur et en réaffirmant régulièrement sa détermination à le maintenir à un faible niveau tant que cela apparaît nécessaire, la banque centrale influence la deuxième composante des taux longs. Ses achats d’actifs à grande échelle affectent quant à eux la prime de terme. Ces diverses mesures visent précisément à améliorer l’environnement macroéconomique. Le faible niveau des taux d’intérêt est susceptible de stimuler l’investissement fixe et plus largement la demande globale, donc de renforcer la reprise économique. Plus spécifiquement, de faibles taux sur les crédits hypothécaires favorisent l’emprunt des ménages pour l’investissement immobilier, qui s'est révélé être le principal moteur de la reprise suite aux diverses récessions que les Etats-Unis ont connues au cours de l'histoire.

Les deux principaux dangers des taux longs

La faiblesse des taux longs peut toutefois menacer la stabilité financière, en l’occurrence si celle persiste ou bien si les taux longs remontent brutalement. En effet, lorsque les rendements sont faibles, les agents privés sont susceptibles de prendre des risques excessifs pour générer de la rentabilité, notamment en faisant l'usage d’un fort levier d’endettement.

A ce titre, la Fed est justement accusée d’avoir maintenu ses taux directeurs trop longtemps trop bas durant la première moitié des années 2000 et d’avoir ainsi directement contribué à l’accumulation des déséquilibres macrofinanciers qui ont conduit à la crise financière de 2007.

A contrario, si les taux longs remontent brutalement, les détenteurs d’instruments à revenu fixe subiront d’importantes pertes en capital.

Les deux risques tendent en outre à se renforcer mutuellement. En effet, les investisseurs peuvent gagner en rentabilité en prenant un risque de duration et les pertes associées à une brutale remontée des taux longs seront alors particulièrement lourdes. Ces risques pourraient être atténués par un resserrement de la politique monétaire, mais celui-ci serait alors susceptible d’endommager l’activité économique.

Afin d’atténuer le risque de brutales hausses de taux d’intérêt, les banques centrales cherchent activement à jouer sur le canal des anticipations. Depuis quelques années, elles détaillent toujours plus amplement leurs prévisions macroéconomiques, justifient davantage leurs décisions, mais rendent aussi publiques leurs propres anticipations quant à l’orientation future de leur politique monétaire.

En déclarant le probable sentier que suivra à l’avenir son taux directeur et en s’efforçant de le respecter, comme l'a encore fait la FED la semaine dernière, les banques centrales espèrent gagner en crédibilité et ancrer plus efficacement les anticipations des agents privés. Le tout, pour assurer la stabilité économique et financière.