DSK commission_SnatHier, lors de son audition par la commission d'enquête sur le rôle des banques et des acteurs financiers dans l'évasion des capitaux, l'ancien patron du FMI, Dominique Strauss-Kahn, a lancé un pavé dans la mare en accusant les régulateurs d'être en partie responsables de la crise de 2007.

La crise a, en effet, été permise par un certain laxisme, souvent involontaire, des superviseurs qui n'ont pas été suffisamment équipés pour faire face aux innovations financières. Ainsi, aux Etats-Unis, comme l'a souligné l'ancien ministre, AIG, dont la faillite aurait fait peser un risque systémique sur toute l'économie mondiale, était supervisé par le régulateur du secteur des assurances qui n'avait certainement aucune maîtrise des outils de la titrisation et des produits dérivés auquel avait eu recours l'assureur.

En zone euro, le problème a été l'absence évidente de superviseur supranational. Du fait de la forte imbrication du système financier aux niveau européen, une telle régulation, qui devrait finalement aboutir avec l'union bancaire, était nécessaire pour éviter les effets de contagion. Cependant, ce ne fut pas le cas, chaque superviseur national s'évertuant même à dissimuler les difficultés de son propre système bancaire pour des raisons politiques ou encore pour éviter une ruée des prédateurs sur les banques du pays. Il serait faux cependant de croire que les errements passés n'ont plus lieu. Il suffit de s'intéresser à l'Allemagne qui s'efforce encore au mieux à cacher les problèmes de solvabilité de plusieurs banques régionales.

Les récents remous de l'union bancaire ne sont en rien anodin. Contrairement aux souhaits de certains régulateurs, la supervision que va exercer la BCE via un comité ad hoc ne concernera que les banques too big to fail, celles qui font peser un risque systémique important pour le système financier dans son ensemble. Les politiques européens considèrent que les banques qui tomberont sous cette supervision seront celles avec au moins 30 milliards d'euros d'actifs ou dont les actifs représentent au moins 20% du PIB de leur pays d'origine (cette clause concernant essentiellement les "grands" pays). Les banques qui feront l'objet d'une aide européenne seront aussi supervisées par la BCE. En revanche, les banques de plus petites tailles, et ce n'est pas une surprise, y compris les banques régionales allemandes, resteront dans le champ de vision des régulateurs nationaux. De fait, on peut craindre qu'un pans entier du système bancaire européen soit hors radar car il a été prouvé, du fait de la crise, que les superviseurs nationaux n'ont pas toujours agi au mieux des intérêts collectifs. C'est justement dans ces zones d'ombre que peuvent émerger de nouvelles crises qui à terme peuvent à tout moment avoir une ampleur systémique.

La démonstration de Dominique Strauss-Kahn était donc plutôt convainquante et a permis de montrer que c'est surtout le manque de volonté politique et le manque de moyens humains des régulateurs qui ont permis la crise, par une forme de complaisance plus ou moins volontaire. Bien que des efforts soient faits depuis 2007 pour améliorer la formation et la vigilance des superviseurs, les intérêts nationaux de certains pays européens continuent de dominer et au-delà des effets d'annonces, l'Europe est encore loin d'avoir mis en place les barrières suffisantes pour éviter une nouvelle contagion bancaire.