inflation banque_centraleQue ce soit dans l'Eurozone, en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis, ou encore au Japon, toutes les autorités monétaires, à travers les différentes banques centrales ont décidé de mener des politiques accommodantes. Les bas taux pratiqués, doublés des programmes de rachat de titre qui viennent massivement en aide aux banques, devraient logiquement entraîner l’inflation: c’est l’effet Fisher qui désigne cette relation inverse entre inflation et masse monétaire. Pourtant, l’inflation prévue demeure faible, si bien qu’une partie des gouverneurs de la FED souhaitaient préserver ces politiques plus longtemps.

Pour mieux comprendre le phénomène, il convient d’expliquer comment les prix sont amenés à monter. Sans entrer dans la théorie pure, lorsque les taux des banques baissent, c’est le "prix" de l’argent qui diminue, stimulant ainsi la "consommation" d’argent: les ménages et les entreprises empruntent. Lorsqu’ils empruntent, la banque écrit une ligne de chiffres qui crédite alors les comptes: de l’argent est créé. Cet argent est destiné à être détruit lors du remboursement de l’emprunt. Toutefois, dans l’entre-deux, davantage d’argent circule: la masse monétaire est augmentée. Les agents constatant qu’il y a davantage de monnaie en circulation, ils vont vouloir s’en approprier une grande partie, en pratiquant des prix plus élevés.

Or, en l’espèce, la quantité de monnaie en circulation ne croît pas. Dans les faits, chaque banque dispose d’un compte auprès de la banque centrale. Ce sont ces comptes qui seront crédités lors du rachat d’actif notamment. On parle alors de monnaie centrale, et de base monétaire qui s’accroît. Cette monnaie est stockée dans ces comptes, et par conséquent, ne circule donc pas dans l’économie réelle: elle est stérilisée. Ainsi, c’est toujours la même quantité d’argent qui circule de sorte que les prix n’augmentent pas par le sentiment de profusion de monnaie.

Qu’est-ce qui empêche les banques de changer la monnaie centrale en véritable monnaie? Il s’agit d’abord et avant tout de prudence. En temps de crise, les institutions bancaires recherchent des liquidités par mesure de précaution face à d’éventuelles crises de liquidité. C’est d’ailleurs pourquoi les taux sont si bas: la banque centrale vient prêter aux banques alors qu’elles avaient l’habitude de se prêter entre elles de jour en jour. Plutôt que prêter, les banques conservent des liquidités importantes en garantie. Ensuite, les règlements encadrent de plus en plus l’activité bancaire. En Europe, les accords de Bale III viennent notamment imposer des ratios de liquidité sur différents type d’actifs.

Après la stagflation connue à partir des années 1970, l’inflation a également été désignée comme "ennemie" si bien que les agents économiques l’ont exclu des possibilités. Ainsi, on assiste depuis à une inflation modérée, souvent détachée de la situation économique du pays. La très dynamique Espagne des années 2000 ne connaissait une inflation que de l’ordre de 3% par exemple. Vitrine de la confiance des agents économiques en leurs autorités monétaires, on peut toutefois s’interroger sur le moment où ressurgira l’inflation. Un indice: elle commencera par se montrer dans les pays émergents et impactera les importations!