Black Wednesday_1992C’est en 1992 que George Soros, un américain d’origine hongroise, spécule contre la livre sterling. L’économie britannique s’enfonçait dans la crise tandis que la livre sterling était tenue à un niveau élevé par le Système Monétaire Européen (SME), l’ancêtre de l’euro. La position était intenable pour la livre sterling et George Soros paria qu’elle quitterait ce système, ce qui se produit finalement. Soros tira de l’opération près de l’équivalent d’1.1 milliard de dollar.

Pour comprendre ce coup réussi, il convient d’expliquer comment fonctionnait le SME. Le principe était simple. En vue de développer le commerce, les pays membres ont décidé de fixer une parité quasi fixe entre les monnaies européennes. Le contrôle de la valeur de la monnaie revenait aux banques centrales qui devaient maintenir leur monnaie dans un tunnel de variation de + ou -2.25% par rapport aux autres monnaies. Evidemment, ça ne va pas sans problème. Créée en 1979, la livre sterling est alors une monnaie forte. Cependant, laboratoire de l’ultralibéralisme de Margaret Thatcher, l’Angleterre s’enfonce dans la crise et a besoin de bas taux d’intérêt pour relancer son économie. De son côté, l’Allemagne qui vient d’opérer la réunification est dynamique, et a au contraire besoin de taux élevés ce que la Bundesbank fixe.

Ces différences de situation économiques des deux pays vont permettre aux spéculateurs d’accumuler des munitions en vue de leurs opérations contre le SME. Déjà le Danemark et l’Espagne sont sous la pression des marchés. Ensuite, leur attention se portera sur la Grande-Bretagne pour laquelle il semble évident qu’elle ne pourra pas tenir sans demander une dévaluation de sa monnaie. C’est le mercredi 16 septembre 1992 que George Soros entre en action en vendant à découvert 10 milliards de livre sterling, comptant les acheter plus tard à un prix bien moindre: c’est un pari risqué à la baisse. Face à la pression, la Banque d’Angleterre s’efforce de tenir la parité en faisant fondre ses réserves. Ce jour restera dans l’esprit des Britanniques comme le "Black Wednesday". Dans la nuit du 16 au 17 septembre, les autorités britanniques se réunissent et décident en accord avec des représentants européens de quitter le SME et coupent ainsi l’herbe sous le pied des spéculateurs retardataires qui accumulaient toujours leurs capitaux à Francfort.

Dans tous les cas, Soros est parvenu à tirer de cette opération plus d’1.1 milliard de dollar, ce qui lui valut son surnom de "l’homme qui fit sauter la Banque d’Angleterre". Outre la prouesse du spéculateur qui choisit avec soin son moment, l’événement pose la question de la spéculation. A-t-elle été néfaste? Nombreux seraient ceux qui citeraient cet événement pour démontrer qu’elle l’est, mais en l’occurrence, ce fut l’occasion pour l’Europe de construire son euro.