BCE inflationAvec la crise économique et financière, de nombreuses voix se sont élevées pour plaider en faveur d'un mandat dual de la BCE, similaire à celui du Système de Réserve Fédérale (FED) qui s'appuie sur la stabilité des prix et également la recherche d'un faible taux de chômage.

Pour bien comprendre pourquoi le mandat de la BCE se limite à la stabilité des prix, il faut remonter le temps, bien avant la création de la monnaie unique européenne.

L'hyper-inflation de la République de Weimar, avec une hausse de 1 000 000% des prix pour la seule année 1923, a créé un profond traumatisme au sein de la population allemande mais également européenne. Pour autant, à l'époque, les travaux concernant l'offre de monnaie et l'inflation n'étaient pas encore très étoffés. La banque centrale n'avait pas réellement pour tâche le contrôle de l'inflation mais était plutôt dépendante des aléas politiques. On parle en termes techniques de la dominance de la politique budgétaire sur la politique monétaire. Autrement dit, le recours à la planche à billets pour financer l'endettement publique.

Cet épisode n'a pas servi de leçons aux responsables politiques et ce n'est que la période de forte inflation des années 70, avec son coût social important, qui a provoqué un réel changement au niveau des modes de pensée économique. A l'époque, on croyait encore que la banque centrale ne pouvait pas avoir de prise réelle sur l'évolution des prix.

L'émergence du monétarisme, avec notamment la théorie quantitative de la monnaie, et une analyse fine des politiques monétaires mises en oeuvre dans les années 70 ont permis de remettre à plat le mandat des banques centrales. La théorie de la neutralité de la monnaie, stipulant que l'offre de monnaie a uniquement des effets nominaux (sur les prix) et non des effets réels (sur la production) s'est imposée conduisant à un changement total de paradigme pour les banques centrales.

Au cours des années 70, seule la banque centrale allemande avait réussi à contrôler l'inflation avec la mise en oeuvre dès 1974 d'une stratégie d'objectif monétaire quantitatif qui repose sur un suivi constant de la croissance de la masse monétaire. Le succès allemand s'est alors rapidement imposé en Europe mais également aux Etats-Unis avec une attention désormais particulière, dans l'évaluation de la politique monétaire à mener, accordée à l'évolution des prix.

Au niveau européen, l'héritage allemand a évidemment pesé, du fait de la réussite de la politique monétaire outre-Rhin et de l'influence politique de Berlin, sur la délimitation du mandat de la BCE. Ce mandat vise à la stabilité des prix, c'est à dire à une hausse de l'indice harmonisé des prix à la consommation de la zone euro inférieur mais proche de 2%. C'était, pour ainsi dire, la définition retenue par la Banque de France et la Bundesbank.

Pour autant, tout cela ne nous dit pas pourquoi le mandat de la BCE se limite à la stabilité des prix.

En fait, deux raisons expliquent pourquoi la recherche du plein emploi n'entre pas en ligne de compte: D'abord, historiquement, la recherche d'un faible taux de chômage par les banques centrales, comme ce fut le cas lors des années 70, a conduit à des errements qui ont entraîné à la hausse les prix, les banques centrales étant alors à la merci du jeu politique. Par ailleurs, techniquement, du fait de la diversité des structures de marché et des règles de fonctionnement dans les pays de la zone euro, chercher à avoir un faible taux de chômage parait être un objectif impossible en l'état actuel des outils de politique monétaire.

Pour autant, le mandat de la BCE est loin d'être figé et, avec la crise, la nécessité de confier à la banque centrale la stabilité financière s'est imposée. En quelque sorte un retour aux sources quand on sait que les principales banques centrales ont été établies pour assurer la stabilité financière.