trading _haute_frquenceDepuis des années, le monde de la finance a connu une évolution sans précédent profitant de l’essor des nouvelles technologies. L’informatisation complète des bourses a permis le développement de nouveaux outils d’analyse ainsi que l’apparition de produits financiers complexes. Mais depuis quelque temps, une méthode de trading est en train de révolutionner le monde de la finance: le trading à haute fréquence. Quelle est donc la place de cette méthode aujourd’hui? Peut-on craindre pour la stabilité de notre économie?

Le principe du trading à haute fréquence est simple: il consiste à envoyer des ordres d’achats ou de ventes, mais à des vitesses dépassant largement la capacité humaine. Pour ce faire, les ordinateurs ont besoin d’algorithmes très complexes mis au point par des informaticiens de génie. Sur le fond, le but sera le même que pour un trader classique, pour simplifier acheter bas et vendre haut dans le but de réaliser une plus-value. Les ordinateurs peuvent ainsi effectuer des ordres en un temps calculé en microsecondes soit l’équivalent de 10^6 seconde. Cette unité de temps ne cesse de diminuer et une recherche constante est en cours afin de développer de nouveaux algorithmes qui seront couplés à des ordinateurs surpuissants. Des stratégies ont vu le jour profitant de cette avancée technologique pour brouiller le marché: il s’agit principalement de l’annulation des ordres, le spoofing / layering c’est-à-dire faire semblant de vendre avant d’acheter. L’AMF estime que le trading à haute fréquence représente environ 30% des transactions financières en Europe et, plus du double de l’autre côté de l’Atlantique.

Pour ses défenseurs, cette pratique relèverait des avantages et aurait tout intérêt à faire partie des activités de marché. Le nombre incalculable d’ordres passés à l’achat ou à la vente par les machines augmente la liquidité des actifs et favorise ainsi une réduction des spreads. Il devient alors plus simple de trouver une contrepartie lorsqu’un ordre est effectué. Surpassant l’homme dans sa faculté de calcul, un robot trader peut détecter des anomalies de marché et rétablir l’équilibre entre les différentes places boursières. Puisque "l’erreur est humaine" selon le dicton, ces puissantes machines seraient capables d’en éviter un grand nombre. Un algorithme se contente d’exécuter des ordres, reste alors à trouver l’erreur lorsque les machines s’emballent et impactent l’économie réelle.

Souvenons d’une date en particulier: le mercredi 6 mai 2010. Ce jour, à 14h42, l’indice phare américain perdait plus de 9.2% en l’espace de seulement 10 minutes. En 3 minutes seulement, le Dow Jones perdait plus de 400 points et déclinait de 998 points quelques minutes après. Jamais la bourse de New-York n’avait connu une telle dégradation dans un espace de temps si réduit. La situation s’est ensuite calmée via l’intervention de la bourse de Chicago qui a suspendu les cours pendant 5 secondes et, le principal indice américain perdait finalement 3% en clôture de séance. Un robot trader serait à l’origine de ce "bug" des cours après l’émission d’un nombre d’ordres de ventes surprenant. Via un effet boule de neige, d’autres robots trader ont également vendu massivement des actions déstabilisant ainsi le marché. Un krach d’un nouveau genre venait de se produire: un flash crash. Mais de nombreuses sociétés cotées ont vu leurs cours s’effondrer en peu de temps. C’est le cas par exemple de l’action du géant américain Procter&Gamble qui a perdu la moitié de sa valeur en quelques minutes. On comprend alors le danger que peut représenter le trading à haute fréquence au sein d’une économie réelle. Comment les autorités réagissent-elles face à de telles pratiques?

Pour l’AMF, les effets bénéfiques du trading à haute fréquence sont à relativiser et des risques sont sous jacents à cette pratique. Un risque systémique n’est pas à exclure étant donné la vitesse et l’automatisation des ordres, ainsi qu’une perturbation du mécanisme de formation des prix. L’autorité met tout en œuvre pour réguler les pratiques douteuses mais semble dépassée par les événements. Aux Etats-Unis, le spoofing / layering entraine des sanctions mais cela reste encore à l’étude en Europe. Récemment en France, la commission des Finances du Sénat a adopté un amendement "visant à encadrer un peu plus le trading haute fréquence". Le texte oblige les plateformes boursières à adopter une grille tarifaire limitant le nombre d’ordres passés, et ainsi limiter l’influence du trading à haute fréquence. Les pouvoirs de l’Autorité des Marchés Financiers se trouvent également renforcés et, des sanctions pourront être infligées à toute personne qui chercherait à manipuler les cours de bourse.

Le trading à haute fréquence connaît actuellement un engouement grandissant et devrait s’accroitre dans les prochaines années. Cette pratique représente des avantages pour le marché, mais aussi des dangers bien réels. Une course au trading à haute fréquence est en train de s’engager et elle pourrait bien mettre en péril la stabilité de l’économie (flash crash) devant des autorités souvent dépassées qui cherchent à ralentir le phénomène.