El Raspao_VenezuelaL'héritage d'Hugo Chavez n'est décidément pas facile à porter. Après les pénuries de papier toilette ou encore de vin pour la messe qui ont fait passer le Venezuela, première réserve de pétrole au monde selon l'OPEP, pour un pays du tiers-monde, voici un nouveau phénomène qui aura le mérite de faire sourire: la pénurie de billets d'avion!

Un dollar à plus de 40 bolívars sur le marché noir

Qu'on ne se méprenne pas, les Vénézuéliens ne cherchent pas tous à quitter le navire…bien que l'économie du pays reste moribonde. En fait, ils profitent abondamment d'une énième lacune de la gestion chaviste: les contrôles étroits s'appliquant sur le marché monétaire local qui ont fait bondir le marché noir des devises.

Les premières mesures de contrôle sur les devises remontent à 2003 et, au fur à mesure des années, l'incurie économique s'installant de plus en plus, ces contrôles ont été renforcés ce qui a conduit à l'explosion du marché noir. Désormais, le différentiel entre le taux de change officiel et le taux de change sur le marché noir pour le bolívar est à un plus haut historique. Le dollar américain s'échange en septembre près de 7 fois le prix offert sur le marché officiel qui est de 6.3 bolívars pour un dollar. Au printemps 2013, le taux sur le marché noir n'était que 4 fois supérieur à celui sur le marché officiel, preuve que la situation ne cesse de se détériorer.

Les voyages en avion "Caracas-Caracas"

Il n'est donc pas surprenant que les Vénézueliens, de toutes classes sociales, aient décidé de profiter de l'opportunité. En l'espace de quelques semaines, un véritable business s'est développé sans que le gouvernement ne soit en mesure de le limiter. Les Vénézuéliens embarquent pour des pays limitrophes par avion où ils se procurent à bas coût des dollars américains qu'ils vont pouvoir échanger par la suite une fois rentrés au pays sur le marché noir. Un business largement rentable. Légalement, les Vénézuéliens peuvent échanger jusqu'à 3000 dollars au taux officiel sur présentation d'un billet d'avion valide mais de nombreux systèmes se sont développés depuis pour contourner cette restriction.

L'inventivité des Vénézuéliens est telle qu'ils ne prennent même plus la peine de voyager. Ils prennent leur billet d'avion et envoient ensuite leur carte bancaire à des amis ou à leur famille à l'étranger qui l'utilisent et envoient les dollars en retour. Cette tendance s'est tellement répandue que plusieurs émissions télévisées humoristiques parlent de voyages "Caracas-Caracas".

Ce système D s'appelle en espagnol El Raspao, ce qu'on pourrait traduire imparfaitement en français par "l'éraflure".

Délation et monstre bureaucratique

L'explosion du marché noir des devises est la conséquence directe de l'incapacité du gouvernement Maduro à répondre à l'urgence économique. La doctrine chaviste a toujours considérée que pour limiter l'inflation et la fuite des capitaux, seules des restrictions sur les flux de devises étaient efficaces. Bien que les faits montrent le contraire, avec des pénuries croissantes et une inflation qui devrait atteindre 45% cette année, le gouvernement refuse de faire marche arrière.

Une HOT LINE, 0-800-SABOTAGE, afin de favoriser la délation contre ceux qui ont recours au marché noir, a été mise en place et également un nouveau système de contrôle des devises a été établi dans la foulée de la dévaluation de février dernier. Le SICAD doit en théorie permettre aux entreprises locales de pouvoir avoir des dollars afin de financer leurs importations. Mais, monstre bureaucratique dont la lenteur est décriée, le SICAD est incapable de répondre aux besoins des entreprises locales qui doivent rapidement s'adapter face à la concurrence et ajuster leur production à la demande.

Face à une économie qui s'effondre chaque jour un peu plus en raison de la mainmise du gouvernement, El Raspao est devenu le secteur le plus dynamique du Venezuela. Les ravages de la gestion centralisée du chavisme conduisent l'une des économies potentiellement les plus florissantes d'Amérique latine vers un désastre qu'il faudra certainement des décennies pour effacer.