Rand sud-africainC'était certainement hors des radars du marché, mais la banque centrale sud-africaine a préféré prévenir que guérir. Ce qui explique qu'elle ait, cette semaine, décidé de monter son taux directeur principal de 50 points de base à 5.50%. Dans la foulée de la semaine noire sur les marchés émergents, l'éventualité d'une action de la banque centrale avait bien été évoquée mais cette thèse était encore loin de faire consensus sur le Forex.

La réaction initiale du rand sud-africain a surpris: après une phase modeste de renforcement face au dollar américain, la devise s'est ensuite affaissée assez substantiellement jusqu'au niveau de 11.37. On peut attribuer ce mouvement au fait que les spéculateurs auraient peut-être souhaité une action de plus grande ampleur. Similaire en quelque sorte à ce que la banque centrale turque a décidé.

La spécificité de l'intervention en Afrique du Sud est que les autorités ont n'ont, du moins pas officiellement, réagi aux fluctuations actuelles des monnaies émergentes, mais plutôt à l'inflation. Le gouverneur Gill Marcus a confirmé que le durcissement monétaire a pour objet principal de contenir les anticipations d'inflation, mais on peut légitimement douter que cette intervention inopinée n'ait pas eu aussi pour ambition de défendre la monnaie nationale.

Bien que la banque centrale sud-africaine ait parfaitement su prendre par surprise les cambistes il semble peu probable que l'année 2014 annonce de plus amples mouvements au niveau des taux. Trois raisons à cela:

- La banque centrale n'est pas habituée, contrairement aux institutions d'autres pays émergents, à avoir une politique très active pour soutenir le cours de sa monnaie.

- Il est fortement probable que l'Afrique du Sud anticipe une certaine accalmie sur le marché des changes après les déboires de ce début d'année. Les cambistes vont en effet s'accoutumer au changement de politique monétaire aux Etats-Unis, les plus importants ajustements ayant certainement déjà eu lieu au niveau des taux de change.

- Enfin, les autorités sud-africaines ont en tête que la défense d'une croissance suffisante reste la priorité, une tâche difficile si les taux augmentent encore substantiellement alors que les prévisions économiques mondiales restent incertaines et que le Tapering peut, à tout moment, provoquer des effets inattendus pour les pays émergents.

En résumé, le signal fort envoyé par l'Afrique du Sud aux investisseurs devises n'est certainement pas à négliger en termes de signification mais il ne faut pas pour autant s'attendre à un activisme exacerbé comme on a pu le voir cette semaine en Turquie. Les fondamentaux sont très différents et l'aspect risque politique n'est pas le même entre les deux pays.