ben bernanke1Depuis 2009 ! La reprise économique américaine constitue un facteur essentiel d'explication des récentes performances de l'USD face à ses principales contreparties. Dans le même temps, les devises matières premières et des pays émergents affichent des contre-performances. L'euro chute lourdement alors que les rumeurs de nouvel assouplissement de la part de la BCE se font de plus en plus vives. Surprise du mois: le yen est en bonne progression suite aux chiffres de l'inflation.

Le dollar américain connait une pente ascendante depuis les premiers jours de 2014 sur le Forex face à la plupart des autres monnaies. Selon le Dollar Index Spot de Bloomberg, la hausse s'élève à 1.3% en mensuel contre 5% en janvier 2009. C'est toutefois une très bonne performance. Il semble de plus en plus évident que la Réserve Fédérale américaine est fortement engagée dans un processus de retrait des mesures quantitatives, ce qui devrait se traduire par une réduction à chaque réunion d'au moins 10 milliards de dollars du montant du programme de rachats d'actifs. Comme ce fut le cas lors du FOMC il y a deux jours. Les derniers indicateurs macroéconomiques confirment d'ailleurs une reprise vivace de l'activité: les achats de logements, qui comptent pour près de 70% de l'économie, ont augmenté de 0.4% selon les dernières statistiques tandis que les dépenses de consommation ont cru plus que prévu en décembre. Au T4, la progression du PIB est de 3.2%. La banque centrale américaine considère, à en croire Janet Yellen, qu'une hausse supérieure à 3% en 2014 est tout à fait possible.

Le réajustement de la politique monétaire américaine, et les bons résultats macroéconomiques outre-Atlantique, ont pour effet immédiat d'avantager substantiellement le dollar sur le marché des changes. L'hémorragie au niveau des devises émergentes s'est un peu estompée, notamment grâce à des actions vivaces de plusieurs banques centrales, particulièrement au Brésil, en Argentine, en Turquie et en Afrique du Sud. Via un durcissement de politique monétaire. Toutefois, la trajectoire est toujours à la baisse pour les monnaies de ces pays. Sur le mois, le peso argentin a affiché une perte de près de 19% face au dollar, contre 6.9% pour le rand sud-africain, et 5.4% pour la lire turque, toujours face au billet vert. Le rouble a fini sur les quinze dernières séances quatorze fois en recul. Le phénomène monétaire américain est bien-sûr en partie responsable de cette diminution mais il faut aussi prendre en compte la volonté de la banque centrale russe de limiter substantiellement ses interventions sur le marché pour atteindre un libre flottement en 2015, ce qui a pour impact d'élargir beaucoup le corridor de fluctuations de la monnaie.

A noter aussi un déclin des devises des pays matières premières. En tête le dollar australien et le dollar néo-zélandais. Ce dernier est notamment victime du récent statu quo au niveau des taux alors que le marché des changes attendait une action de la part du gouverneur Wheeler. Une modification des taux d'intérêt est envisageable en mars prochain.

L'euro n'est pas en reste puisque sa phase de décélération s'est accélérée ces dernières séances. Outre les raisons déjà évoquées qui sont mondiales, cette baisse de la monnaie unique s'explique par un renforcement des rumeurs sur le Forex à propos d'un nouvel assouplissement de la BCE lors de sa réunion de la semaine prochaine. Le risque d'une déflation est toujours la principale menace pour l'euroland: selon l'UE, l'augmentation des prix à la consommation n'a été que de 0.7% en annuel en 2013 contre une estimation à 0.9% par les économistes. C'est bien-sûr nettement en-dessous de la cible de 2% de Francfort. De notre point de vue, la banque centrale ne devrait pas dès la semaine prochaine agir mais les propos de Mario Draghi devraient avoir pour but de préparer le marché à de nouvelles mesures, qui peuvent être multiples, comme des taux négatifs ou une troisième LTRO. Ce qui sera immédiatement intégré dans le cours de l'euro.

Surprise du mois: le yen. La devise a affiché une belle résistance alors que de nombreux fonds d'investissement parient sur une paire USDJPY au-delà de 110 d'ici la fin de l'année. En fait, les indicateurs macroéconomiques nippons sont venus au secours de la devise. Un en particulier: les prix à la consommation ont augmenté d'une année sur l'autre de 1.3% contre un consensus Bloomberg de 1.2%. De fait, nous pensons que la Banque du Japon ne va pas être incitée fortement à court terme à renforcer le dispositif existant pour atteindre une hausse du niveau général des prix de 2% par an. Un renforcement ne sera envisageable qu'une fois que la hausse de la TVA sera mise en oeuvre par Tokyo, au printemps.