geopolitique 400-300x215Parler de libre confrontation de l'offre et de la demande de monnaie pour fixer un taux de change, c'est ignorer que le marché Forex reste complètement à la merci des interventions des gouvernements et de leurs intermédiaires plus ou moins indépendants, les banques centrales.

Le panorama Forex contemporain est, à maints égards, un retour pur et simple à la fixation des taux de change des monnaies par la figure étatique.

Le phénomène auquel nous assistons de nos jours le montre: les taux d'intérêt sont utilisés par les banques centrales et les gouvernements pour défendre leurs devises ou modifier la composition des flux entrants et sortants des pays afin d'atteindre des objectifs macroéconomiques dont certains sont nécessaires ou même louables.

La situation depuis quelques mois des pays émergents est certainement la meilleure preuve de cet interventionnisme. On pensera dernièrement à la Turquie mais dans la même ligne on retrouve également l'Afrique du Sud, l'Inde ou le Brésil.

L'Argentine est un cas d'école pour les économistes: le pays expérimente des décennies de mauvaise gestion de la politique économique, avec un risque latent de défaut de paiement, un marché noir qui ne cesse de gonfler et une dévaluation du peso qui n'a jamais permis jusqu'à présent de restaurer une dynamique économique positive. Et pourtant, un pays comme l'Argentine, qui il y a encore moins de cent ans apparaissait comme l'une des principales puissances économiques internationales, n'a en aucun cas eu un réel effet de contagion sur les autres économies, y compris régionales.

Peu ou proue, les déboires de l'Argentine restent contenus dans les frontières du pays. En quelque sorte, une véritable quarantaine s'est exercée via la discipline de marché contre le pays afin d'éviter le fameux effet domino qu'on a tant redouté pour la Grèce lorsque la crise souveraine européenne battait son plein.

Que retenir du cas argentin alors que les pays émergents connaissent une véritable crise ? Certains parlent même de dernière étape de la crise mondiale entamée en 2007 avec les subprimes. Que l'économie sait au final panser ses plaies et se protéger. Malgré les remous observés sur le marché monétaire en Turquie ou en Ukraine, aucun phénomène de contagion n'est perceptible. Les pays émergents, qui sont souvent présentés comme le futur de l'économie mondiale, sont automatiquement mis hors-jeu lorsqu'ils présentent un quelconque risque pour les autres acteurs internationaux.

Les investisseurs ne sont pas plus sages ou raisonnés, ils ont simplement conscience d'une réalité. Oui, comme le rappelle notamment l'ancien ministre Hubert Védrine, le pouvoir économique est en train de passer de l'Occident vers les pays émergents, en particulier l'Asie. Cependant, c'est un phénomène en cours. Lorsque la récession a frappé le monde occidental, les pays émergents ont grandement peiné à prendre le relais et on a observé, contrairement aux prévisions, un phénomène de contagion de l'Occident vers les pays émergents. La réciproque n'est pas vraie.

C'est pourquoi, l'hémorragie de certaines monnaies émergentes est à relativiser. Désastre national dans certains cas. Effet global nul.

Les pays émergents ont un grand rôle à jouer en termes de croissance mondiale, dans les prochaines années mais surtout dans 10, 15, 20 ans. Un horizon économique qui est bien trop lointain pour les investisseurs. Si crise il doit y avoir, elle sera automatiquement cantonnée à certains pays émergents tandis que l'Occident va progressivement renouer avec la croissance. Les cartes économiques sont redistribuées mais l'Europe, les Etats-Unis et le Japon ont encore plusieurs jokers en main.