Arnaud MontebourgLe ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, a lancé un pavé dans la mare en fin de semaine dernière en plaidant, une nouvelle fois, pour un euro plus faible. Ce n'est pas la première fois qu'un homme politique français se plaint du taux de change de la monnaie unique qui s'approche désormais du cap psychologique des 1.40 face au dollar.

Un cap qui devrait être atteint si on en croit les prévisions des stratèges de Goldman Sachs cette année.

La réflexion de la France est toujours la même: l'euro est trop fort. La monnaie s'est appréciée de plus de 10% face à l'USD et de 40% face au JPY entre 2012 et 2013, comme l'a fait remarqué le ministre. La raison à cela? L'effet surtout des politiques monétaires engagées au Japon et aux Etats-Unis qui ont eu pour effet de doper la compétitivité des monnaies de ces deux pays. Sans vraie coordination mondiale des banques centrales, un doux rêve de philosophe, l'action de la BCE n'est pas réellement en cause. C'est plutôt son incapacité réelle à réagir qui doit être soulignée.

S'appuyant sur les travaux de la direction du Trésor, le ministre a également affirmé qu'une "dépréciation de 10% permettrait d'accroître notre taux de croissance de 1.2%. Cela créerait 150.000 emplois, améliorerait la balance commerciale et réduirait notre déficit public de 12 milliards". Ce sont des chiffres justes. C'est oublier cependant que dans l'Union, les intérêts de la France ne sont pas les seuls à prévaloir, bien que nous soyons extrêmement bien représentés au sein des institutions communautaires. En l'absence de solide convergence économique dans la zone euro, le taux de change actuel de la monnaie européenne ne satisfait personne. Selon certaines études, qui sont à relativiser, le taux de change idéal pour la France se situerait face à l'USD autour de 1.25…pour l'Espagne autour de 1.20. C'est dire à quel point l'euro ne peut être juste pour tous.

En acceptant d'entrer dans l'Union, tous les pays ont automatiquement été d'accord pour perdre un élément majeur de leur souveraineté, la gestion de la politique monétaire qui peut inclure un pilotage direct ou indirect du taux de change. Il est donc surprenant que la France soudainement se réveille et comprend qu'elle n'aura jamais un taux de change favorable. Ou alors, pendant de rares périodes.

"Ouvrir une bataille politique pour faire baisser l'euro", comme affirmé par le ministre, est plus un voeux pieux qu'un réel programme d'action au niveau de l'Europe. La BCE est, dans ses statuts, complètement indépendante et n'a pas pour prérogative d'influencer sur le taux de change de la monnaie. Ce serait un outrage pour l'Allemagne qui, malgré ses efforts récents pour être moins inflexible, reste concrètement aux commandes de la BCE. Du moins idéologiquement.

Véritable serpent de mer européen, la force de l'euro est incontestablement un obstacle à la compétitivité de la France. Est-ce pour autant le seul? Peut-on toujours accuser Bruxelles ou Francfort des aléas économiques nationaux? Chacun aura sa réponse.