buzz.jpgCertes, ce n'est pas réellement un fait anodin. Parfois, les rumeurs font même la loi sur le marché des changes, conduisant à des comportements irrationnels car, rétrospectivement, elles s'avèrent infondées. Cependant, cette semaine a été exemplaire en la matière.


En effet, il suffisait de sillonner les forums ou les sites d'information pour s'en rendre compte. Les cambistes attendaient avec impatience les annonces économiques de la nouvelle administration, qui pourraient éventuellement restaurer la confiance sur les marchés, mais en échange, ils ont simplement eu droit à une violente réprimande de la part du nouveau secrétaire au Trésor contre la politique monétaire de la Chine. Se faisant le porte parole d'Obama, il a appelé à user toutes les voix diplomatiques possibles pour faire pression sur la Chine qui manipulerait le taux de change du yuan. Cependant, ce n'est pas une nouveauté puisque ce grief est récurrent depuis des années et les investisseurs se demandent bien quels sont les moyens, jusque là non utilisés, qui pourraient faire plier Pékin.

Si Pékin n'a pas sourcillé et ne compte pas plier, la banque centrale de Russie devrait le faire sous le coup des critiques des investisseurs qui récusent avec acrimonie sa politique monétaire qui consiste à accompagner une dévaluation graduelle du rouble, dévaluation qui s'est accélérée depuis le début du mois de janvier. En effet, une telle politique a un coût et n'est pas vue d'un bon œil par les investisseurs du marché des changes qui sanctionnent en retour de la devise russe. Handicapée par la chute du cours des matières premières et l'impact de la crise financière, le rouble est un peu léthargique sur le marché des devises et devraient poursuivre sa chute, avec ou sans l'aide de la banque centrale, avant de se stabiliser et s'apprécier de nouveau dans deux à trois ans d'après les autorités russes.

Cependant, la vraie rumeur de la semaine, qui circule en fait depuis début décembre mais qui semble se préciser, a trait au yen. Devenue en l'espace de quelques mois la nouvelle valeur phare du marché des changes en raison de l'aversion pour le risque, le yen n'a cessé de progresser face aux principales devises, atteignant un niveau qui n'est pas soutenable pour les autorités japonaises. En effet, à l'heure actuelle, le yen est à son plus haut niveau depuis 7 ans face à l'euro et depuis 14 ans face au dollar. La banque centrale redoute de vivre l'épisode de 1995 quand le yen a atteint son plus haut niveau jamais vu face à la devise américaine. D'avance, la banque centrale ne laissera pas un tel écart se produire. Dès le mois de décembre, le ministre des finances l'avait laissé entendre. Cette semaine, ce fut la banque centrale qui a pris le relais en annonçant que :

« La hausse du yen est l'un des facteurs contribuant à la détérioration de l'économie nippone du fait de son impact majeur sur les exportations ».

En effet, c'est peu dire puisque les exportations, qui contribuent intensivement à la croissance de l'archipel, se sont contractées de 35% en glissement annuel en novembre. Du jamais vu ! Alors que la banque centrale annonce un nouveau train de mesure pour relancer la croissance, il est sûr et certain qu'elle ne laissera pas plus longtemps l'appréciation du yen contrecarrer ses plans. Il faut donc s'attendre à une prochaine intervention sur le marché des changes qui pourrait, d'ailleurs, ne pas être officielle. Il suffira alors de regarder l'évolution de ses réserves de change pour juger.